« – Et qu’est-ce donc ? »
Il répondit :
« J’ai entendu Allah – Puissant et Majestueux – dire : « Quiconque est préservé de l’avarice de son âme, ceux-là sont les bienheureux », et moi, je suis un homme avare ; il m’est presque impossible de laisser échapper quoi que ce soit de ma main. »
Ibn Masʿûd lui dit :
« Ce n’est pas là le shuḥḥ qu’Allah – Exalté soit-Il – mentionne dans le Coran. Le shuḥḥ dont parle le Coran consiste à manger injustement le bien de ton frère. Ce que tu évoques n’est que le bukhl ; et quelle détestable chose que la pingrerie ! » Ainsi – qu’Allah l’agrée – distingua-t-il shuḥḥ et bukhl.
Ṭâwûs dit : « Le bukhl consiste à être avare de ce que l’on possède, tandis que le shuḥḥ consiste à convoiter ce qui se trouve dans les mains des gens ; il aime que ce qu’ils détiennent lui revienne, licitement ou illicitement, sans jamais se satisfaire. »
Ibn Jubayr : « Le shuḥḥ, c’est refuser la Zakât et thésauriser le bien illicite. »
Ibn ʿUyaynah : « Le shuḥḥ, c’est l’injustice. »
Al-Layth : « C’est délaisser les obligations et violer les interdits sacrés. »
Ibn ʿAbbâs : « Celui qui suit sa passion et n’accepte pas la foi, voilà le véritable avare. »
Ibn Zayd : « Celui qui ne s’empare de rien pour accomplir ce qu’Allah a interdit, et que l’avarice n’empêche pas de donner dans ce qu’Allah a prescrit, celui-là, Allah l’a effectivement préservé de l’avarice de son âme. »
Anas rapporte que le Prophète – paix et salut d’Allah sur lui – a dit : « Est innocent de l’avarice quiconque s’acquitte de la Zakât, honore l’hôte et donne lors des coups durs. »
Il rapporte encore que le Prophète – paix et salut d’Allah sur lui – invoquait : « Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre l’avarice de mon âme, son excès et ses insinuations. »
Abû l-Hayyâj al-Asadî raconta : « Je vis un homme, pendant le ṭawâf, qui ne cessait de répéter : “Ô Allah, préserve-moi de l’avarice de mon âme.” Il n’ajoutait rien d’autre. Je l’interrogeai. Il répondit : “Si je suis préservé de l’avarice de mon âme, je ne volerai pas, je ne forniquerai pas et je n’accomplirai aucun mal.” Cet homme n’était autre que ʿAbd ar-Raḥmân ibn ʿAwf. »
Je dis : Ceci est confirmé par la parole du Prophète – paix et salut d’Allah sur lui – : « Mettez-vous en garde contre l’injustice, car l’injustice sera des ténèbres le Jour de la Résurrection ; et mettez-vous en garde contre l’avarice, car l’avarice a détruit ceux qui vous ont précédés : elle les a poussés à verser le sang les uns des autres et à déclarer licites leurs interdits. » Nous avons expliqué ce hadith à la fin de la sourate Âl ʿImrân (1).
Chosroès dit à ses compagnons :
– Quelle est la chose la plus nuisible au fils d’Adam ?
Ils répondirent :
– La pauvreté.
Chosroès répliqua :
– L’avarice est plus nuisible que la pauvreté, car le pauvre, lorsqu’il trouve, se rassasie, tandis que l’avare, même lorsqu’il possède, ne se rassasie jamais.