Il déclara :
« Ainsi agissent les chiens de Balkh, chez nous. »
Je repris :
« Et quelle est, selon vous, la définition du détachement (zuhd) ? »
Il répondit :
« Lorsque nous sommes privés, nous rendons grâce ; lorsque nous possédons, nous faisons passer autrui avant nous. »
On interrogea Dhû n-Nûn al-Miṣrî :
« Quelle est la mesure de l’ascète à la poitrine épanouie ? »
Il dit : « Trois choses :
– distribuer ce qui a été amassé ;
– renoncer à rechercher ce qui manque ;
– pratiquer l’altruisme lorsqu’on détient la subsistance. »
On rapporte d’Abû l-Ḥasan al-Anṭâkî que, dans un village des environs de Rayy, un peu plus de trente hommes se réunirent auprès de lui. Ils n’avaient avec eux que quelques pains, en nombre trop restreint pour rassasier tout le monde. Ils rompirent donc les galettes, éteignirent la lampe et s’assirent pour manger. Quand on retira le plateau, on constata que la nourriture était restée intacte : nul n’y avait touché, chacun ayant préféré son frère à sa propre personne.
Dixième point : la parole du Très-Haut (1) : « … même s’ils sont dans le besoin. »
Le terme « khuṣâṣah » désigne la nécessité qui bouleverse l’état d’une personne. Il vient de « iḫtiṣâṣ », signifiant l’exclusivité dans une affaire ; ainsi, la « khuṣâṣah » est l’isolement dans le besoin, c’est-à-dire : même s’ils sont touchés par la pauvreté et la gêne.
D’où ce vers du poète :
Au printemps, même en temps de pénurie,
Le malade reprend vie, le pauvre s’enrichit.
Onzième point : la parole du Très-Haut :
« Et quiconque est préservé de l’avarice de son âme, ceux-là sont les bienheureux. »
Le « shuḥḥ » et le « bukhl » sont synonymes. On dit : « un homme shaḥîḥ » ; le terme connaît les formes shuḥḥ, shaḥḥ et shaḥâḥah. ʿAmr ibn Kulthûm a dit :
« Tu vois l’avare chiche, lorsqu’on l’oblige
À dépenser, humilié pour son bien. » (2)
Certains lexicographes considèrent toutefois le shuḥḥ plus grave que le bukhl. Dans le Ṣiḥâḥ, il est dit : « Le shuḥḥ est le bukhl accompagné de convoitise. » On dira : « shaḥiḥtu » (avec kasra) : tashaḥḥu ; et aussi « shaḥaḥtu » : tashaḥḥu ou tashiḥḥu. On dit encore : un homme shaḥîḥ, un peuple shiḥâḥ ou ashihḥah.
Dans le verset, il s’agit de l’avarice à l’égard de la Zakât et de ce qui n’est pas obligatoire, tels le maintien des liens de parenté, l’hospitalité, et tout ce qui y ressemble. N’est donc ni avare ni pingre celui qui dépense dans ces domaines, quand bien même il se priverait lui-même. Quant à celui qui se montre prodigue envers lui-même mais ne dépense pas dans les Zakât et les actes d’obéissance mentionnés, il n’a pas été préservé de l’avarice de son âme.
Al-Aswad rapporte d’Ibn Masʿûd qu’un homme vint le voir et lui dit :
« Je crains d’avoir péri. »
Il répondit :