Je dis :
Il s’agit là aussi de la version rapportée par Ibn Wahb et Muṭarrif d’après Mâlik : on doit donner à chaque indigent deux mudd mesurés au mudd du Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui. C’est également l’opinion d’Abû Ḥanîfa et de ses condisciples. Quant à l’école d’Ach-Shâfiʿî et d’autres, elle estime qu’un seul mudd par pauvre suffit ; on n’est pas tenu d’aller au-delà, puisqu’il s’acquitte de l’expiation par la nourriture, à l’instar de l’expiation due pour la rupture du jeûne ou pour le serment.
Notre preuve est la parole du Très-Haut : « … nourrir soixante pauvres », et le terme « nourrir » pris sans restriction implique la satiété, laquelle, selon l’usage, ne se réalise pas avec un seul mudd sans qu’on y ajoute quelque chose.
Ashhab rapporte encore : « Je demandai à Mâlik : La satiété diffère-t-elle chez nous et chez vous ? » Il répondit : « Oui ! Chez nous, la satiété correspond à deux mudd selon la mesure du Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui –, tandis que chez vous elle est plus grande, car le Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – a invoqué la bénédiction pour nous et non pour vous ; aussi mangez-vous davantage que nous. »
Abû l-Ḥasan al-Qâbisî a dit : « Les gens de Médine se sont appuyés, dans l’expiation du ẓihâr, sur le mudd de Hichâm par sévérité à l’encontre de ceux qui prononcent le ẓihâr, propos qu’Allah a qualifiés de blâmables et de mensongers. »
Ibn al-ʿArabî déclare : « Comme vous le voyez, la discussion tourne ici autour du mudd de Hichâm. J’aurais souhaité que le temps pulvérisât son souvenir et effaçât sa trace des livres. En effet, la cité où descendit la Révélation, où le Messager demeura et où fut commis le ẓihâr, reçut cet ordre : “nourrir soixante pauvres”. Ses habitants le comprirent, saisirent qu’il s’agissait de la satiété et en connaissaient la mesure. Cette satiété est abondamment attestée dans les traditions, et l’on s’y conforma durant l’époque des califes bien-guidés, jusqu’à ce que Satan soufflât à l’oreille de Hichâm. Celui-ci estima que le mudd du Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – ne le rassasiait pas, pas plus que ceux de sa cour, et il se laissa convaincre d’inventer un mudd qui corresponde à sa propre satiété : il le fixa à deux raṭl et obligea les gens à l’adopter ; une fois humidifié, il atteignait près de trois raṭl. Ainsi, il altéra la Sunna et fit disparaître le lieu de la bénédiction. Or le Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – avait imploré pour les habitants de Médine la pérennité de la bénédiction dans leur mudd et leur ṣâʿ, tout comme Allah avait béni Ibrâhîm pour La Mecque. Par l’invocation du Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui –, la bénédiction se manifestait donc dans leur mudd ; Satan s’efforça de changer cette Sunna et d’annuler cette bénédiction, et nul ne lui prêta l’oreille sinon Hichâm. Les savants auraient dû, dès lors, supprimer [1] toute mention de son nom et en effacer le tracé, s’ils ne pouvaient annuler sa décision. Or s’en remettre à sa mesure dans les jugements et en faire l’explication de ce qu’Allah et Son Messager ont énoncé, alors que c’était clair pour les Compagnons sur lesquels la Révélation fut descendue, constitue une affaire grave. C’est pourquoi le rapport d’Ashhab, mentionnant deux mudd selon la mesure du Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – pour l’expiation du ẓihâr, est préférable à nos yeux