Et c’est Lui qui la fait germer selon Sa volonté, non selon la leur.
De même, Abû Hurayra a rapporté du Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — qu’il a dit :
« Que nul d’entre vous ne dise : “J’ai semé”, mais qu’il dise : “J’ai labouré”, car le Semeur, c’est Allah. »
Abû Hurayra ajouta : « N’avez-vous pas entendu la parole d’Allah — Très-Haut — : “Est-ce vous qui le faites pousser, ou bien sommes-Nous les Faisant pousser ?” »
Il est recommandé à quiconque jette la semence en terre de réciter, après la formule de protection (al-istiʿâdha), le verset : « Voyez-vous donc ce que vous labourez ? », puis de dire :
« Mais c’est Allah le Semeur, Celui qui fait germer et qui mène la plante à maturité. Ô Allah, prie sur Muhammad ; accorde-nous ses fruits, préserve-nous de ses nuisances, fais de nous des reconnaissants pour Tes bienfaits et des évoquants pour Tes grâces, et bénis-le pour nous, ô Seigneur des mondes. »
On dit encore que cette invocation constitue une sauvegarde pour la récolte contre toutes les calamités : vers, criquets et autres. Nous l’avons entendu d’une personne digne de confiance ; nous l’avons essayé et l’avons trouvé conforme.
Le sens de « Est-ce vous qui le faites pousser ? » est : « Est-ce vous qui en faites [1] une culture ? » On dit ainsi : « Untel est zarrâʿ », tout comme on dit harrâth, c’est-à-dire quelqu’un qui accomplit ce qui conduit à produire une récolte qui émerveille les agriculteurs. Par extension, le terme zarʿ peut également désigner, par métaphore, le semis et le travail de la terre.
Je dis donc : il s’agit d’une interdiction de guidance [et de convenance [2]], non d’un interdit absolu et obligatoire. Relève de cette catégorie la parole du Prophète — sur lui la paix : « Que nul d’entre vous ne dise : “mon esclave, ma servante”, mais qu’il dise : “mon garçon, ma servante, mon jeune homme, ma jeune fille”. » L’explication de ce point a déjà été donnée dans la sourate Yûsuf [3].
Certains savants sont allés plus loin encore et ont dit : qu’il ne dise pas : « J’ai labouré et j’ai obtenu », mais : « Allah m’a assisté et j’ai labouré, et Il m’a accordé, par Sa grâce, ce que j’ai obtenu. »
Al-Mâwardî a dit : « Ce verset renferme deux points : premièrement, la grâce qu’Il leur accorde en faisant pousser leur culture, grâce à laquelle ils vivent, afin qu’ils Le remercient pour Son bienfait à leur égard ; deuxièmement, la preuve décisive appelant à la réflexion : en effet, lorsqu’Il fait pousser leur semence après qu’elle se soit désagrégée, passant de la putréfaction et de la poussière à une plante verte, puis qu’Il la rend forte et vigoureuse, multipliée plusieurs fois par rapport à son état initial, Il est d’autant plus capable et plus à même de ressusciter celui qu’Il a fait mourir ; et cette démonstration suffit aux natures saines. »
Puis Il dit : « Si Nous voulions, Nous la réduirions en chaume pulvérisé », c’est-à-dire brisée, allusion à la récolte. Le ḥuṭâm est la paille desséchée et périssable dont on ne tire aucun profit ni nourriture. Par cette évocation Il les avertit, là encore, de deux choses : premièrement, la faveur qu’Il leur accorde dans leur moisson puisqu’Il ne l’a pas réduite en poussière, afin qu’ils Le remercient ; deuxièmement, qu’ils méditent là-dessus au sujet d’eux-mêmes, tout comme Il fait…
[1] C’est-à-dire : que vous en fassiez effectivement une culture exploitable.
[2] Adab : forme de courtoisie et de convenance religieuse.
[3] Voir l’exégèse du passage similaire dans la sourate Yûsuf.