Le Très-Haut — exalté soit-Il — a dit :
« Deux [jardins] d’un vert sombre profond » (mudhâmmatân) : c’est-à-dire deux jardins quasi noirs tant l’intensité de leur verdure, due à l’abondance d’irrigation, est grande ; or les Arabes qualifient de « noir » toute chose d’un vert profond.
Labîd, dans une élégie composée pour les martyrs de Hawâzin, a dit :
« On le ramena(1) dans un palanquin, et derrière lui
des cohortes vertes drapées dans le tissu du sanawwar. »
Le sanawwar est une cuirasse faite de cuir, comparable à la cotte de mailles. Les villages d’Irak furent appelés « as-Sawâd » (noirceur) en raison de l’abondance de leur verdure. On qualifie également la nuit obscure de « verte », et l’on dit : « Qu’Allâh anéantisse leur verdure », c’est-à-dire leur noirceur.
[Sourate ar-Rahmân (55), versets 66 à 69]
« En eux jaillissent deux sources foisonnantes » (66)
« Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ? » (67)
« En eux se trouvent des fruits, des palmiers et des grenadiers » (68)
« Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous ? » (69)
Sa parole — exalté soit-Il — : « En eux deux jaillissent deux sources foisonnantes » signifie, selon Ibn ‘Abbâs, qu’il s’agit de deux sources débordantes d’eau. Le terme nadhkh (avec la lettre khâ) indique une jaillissure plus abondante que nadhh (avec la lettre hâ). D’après le même compagnon, l’expression veut dire : « jaillissant de bienfaits et de bénédictions » ; c’est également l’avis d’al-Hasan et de Mujâhid.
Ibn Mas‘ûd, Ibn ‘Abbâs encore, et Anas ont rapporté que ces sources aspergent les alliés d’Allâh de musc, d’ambre gris et de camphre dans les demeures des gens du Paradis, tout comme la bruine arrose la terre.
Sa‘îd ibn Jubayr a dit : « [Elles jaillissent] de toutes sortes de fruits et d’eau. »
At-Tirmidhî rapporte : « Ils ont dit : de toutes sortes de fruits et de bienfaits(2), des jeunes servantes parées, des montures sellées et des vêtements chamarrés. » Il en déduit que le nadhkh implique une jaillissure plus abondante que le simple écoulement.
Il a également été dit : « Elles jaillissent, puis coulent. »
Sa parole — exalté soit-Il — : « En eux se trouvent des fruits, des palmiers et des grenadiers » comporte deux questions.
Premièrement : certains savants ont soutenu que le grenadier et le palmier ne relèvent pas de la catégorie des fruits, car on ne coordonne pas une chose à elle-même, mais à ce qui lui est différent ; tel est le sens apparent de l’énoncé.
La majorité a répondu que tous deux font bel et bien partie des fruits, mais que la mention particulière des palmiers et des grenadiers a été reprise en raison de leur éminence et de la place privilégiée qu’ils occupent parmi les fruits, à l’instar de Sa parole — exalté soit-Il — :