Telle est l’opinion d’al-Farrâ’, rapportée également de Qatâdah.
Les Arabes emploient parfois le terme « baṭn » (ventre) pour désigner le « ẓahr » (dos) et disent : « voici le dos du ciel, voici le ventre du ciel », en parlant de la surface apparente que nous voyons. Ibn Qutaybah et d’autres ont récusé cet usage ; selon eux, une telle expression n’a lieu que pour deux faces équivalentes lorsqu’elles font chacune face à un groupe, tel un mur dressé entre toi et d’autres – telle est la configuration du ciel.
« Et les fruits cueillis des deux Jardins seront proches » (wa-janā al-jannatayn dān). Le mot « janā’ » désigne tout ce que l’on récolte des arbres ; on dit : « Il est venu à nous avec une bonne janāh », pour toute chose cueillie. On parle aussi d’un « thamar janiyy » (forme faʿīl) pour un fruit aussitôt cueilli. Le poète a dit :
« Voici ma récolte, dont le meilleur est là ;
car tout cueilleur porte la main à sa bouche. »
On lit également « jinā » avec la jīm vocalisée d’une kasrah. Le terme « dān » signifie « proche ».
Ibn ʿAbbâs a dit : « L’arbre s’abaisse jusqu’à ce que l’ami d’Allah puisse en cueillir le fruit debout s’il le veut, assis s’il le veut, ou même couché s’il le veut ; ni l’éloignement ni l’épine n’écartent sa main. »
[Coran, s. ar-Raḥmân, 55 : 56-57]
« En elles se trouvent celles qui retiennent leur regard, qu’aucun homme avant eux ni aucun jinn n’a jamais touchées. (56)
Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur niez-vous ? (57) »
Il y a, à propos de ces versets, trois points :
Premièrement – la parole du Très-Haut : « En elles se trouvent celles qui retiennent leur regard. »
On a dit : il s’agit des deux Jardins précédemment mentionnés.
Az-Zajjâj a précisé : s’Il a dit « en elles » (fīhinna) et non « en eux deux » (fī-himā), c’est qu’Il vise les deux Jardins ainsi que tous les délices réservés à leur possesseur.
D’autres ont avancé que « en elles » renvoie aux lits dont les doublures sont de brocart épais ; c’est-à-dire : sur ces lits se trouvent « celles qui retiennent leur regard », des femmes qui se réservent à leurs époux et ne voient personne d’autre – comme cela a déjà été exposé dans Sûrat aṣ-Ṣâffât.
Le mot « ṭarf » (regard) est resté au singulier bien qu’annexé à un pluriel, parce qu’il a ici valeur de nom verbal : de ṭarafat ʿaynuhu, « son œil a cligné ». L’œil a ensuite été nommé par ce terme, lequel convient donc au singulier comme au pluriel, de même que dans les expressions : qawmun ʿadl (un peuple équitable) et ṣawm (jeûne).