Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

« Le terme fixé par Allah, lorsqu’il vient, n’est point différé »(1).

« Deux Jardins » : c’est-à-dire que celui qui aura craint (son Seigneur) se verra accorder deux Jardins distincts ; ainsi, chaque homme empreint de crainte pieuse aura deux Jardins.

D’aucuns ont dit : deux Jardins pour l’ensemble des personnes empreintes de crainte, mais la première opinion demeure la plus évidente.

Il est rapporté d’Ibn ʿAbbâs, d’après le Prophète – qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix – qu’il a dit :
« Les deux Jardins sont deux bosquets au sein même du Paradis ; chacun de ces bosquets s’étend sur une distance de cent ans de marche. Au centre de chaque bosquet se trouve une demeure de lumière(2). Rien de ce qu’ils contiennent ne cesse de vibrer de mélodie et de verdure ; leur sol est immuable et leur végétation fermement enracinée. » Ce hadith est cité par al-Mahdawî et ath-Thaʿlabî d’après Abû Hurayra.

On a également avancé que les deux Jardins correspondent, l’un, au jardin créé pour le croyant, l’autre, à un jardin qu’il hérite.

Autre explication : l’un des deux Jardins serait son habitation, l’autre celle de ses épouses, comme le font les notables d’ici-bas.

Ou encore : l’un est sa demeure, l’autre son verger.

Il a aussi été dit : l’un se situe dans les parties basses des palais, l’autre dans les parties hautes.

Selon Muqâtil, il s’agit du Jardin d’Adn et du Jardin des Délices.

Al-Farrâ’ a affirmé qu’il ne s’agissait en réalité que d’un seul Jardin ; le duel n’aurait été employé, selon lui, que pour l’harmonie des fins de versets. Al-Qutaybî rejeta cette opinion : « Il n’est pas permis de dire : “les gardiens du Feu sont vingt” ; Allah a dit : “dix-neuf” pour respecter la structure des versets. » Il cita encore comme preuve l’expression « ذَواتا أَفْنانٍ ».

Abû Jaʿfar an-Naḥḥâs rapporte ces propos d’al-Farrâ’ : « Il arrive qu’un seul jardin soit traité au duel dans la poésie. » Et d’ajouter : « C’est là l’une des plus graves erreurs commises à l’égard du Livre d’Allah : Allah dit “Deux Jardins” et les décrit par l’expression “en eux deux”, comment délaisser l’évidence et prétendre qu’il n’y aurait qu’un seul jardin en invoquant la poésie ! »

Il a également été dit : ils sont deux afin de doubler la joie du croyant lorsqu’il passe d’un espace à l’autre.

Selon une autre opinion, ce verset a été révélé à propos d’Abû Bakr aṣ-Ṣiddîq – qu’Allah l’agrée – le jour où il évoqua le Paradis rapproché et l’Enfer exposé ; c’est l’avis de ʿAtâ’ et d’Ibn Shawdhub.

Ad-Ḍaḥḥâk relate qu’un jour Abû Bakr, assoiffé, but du lait dont il apprécia le goût. Ayant demandé sa provenance, on lui apprit qu’il n’était pas licite ; il se provoqua alors le vomissement, sous le regard du Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui –, qui lui dit : « Qu’Allah te fasse miséricorde ! Un verset vient d’être révélé à ton sujet », puis il lui récita ce verset.

[Sourate ar-Raḥmân (55) : 48-51]
« Toutes deux sont dotées de rameaux foisonnants(48). Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous tous deux ?(49) En elles deux coulent deux sources jaillissantes(50). Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous tous deux ?(51) »

(إِنَّ أَجَلَ اللَّهِ إِذا «١» جاءَ لَا يُؤَخَّرُ) . (جَنَّتانِ) أَيْ لِمَنْ خَافَ جَنَّتَانِ عَلَى حِدَةٍ، فَلِكُلِّ خَائِفٍ جَنَّتَانِ. وَقِيلَ: جَنَّتَانِ لِجَمِيعِ الْخَائِفِينَ، وَالْأَوَّلُ أَظْهَرُ. وَرُوِيَ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ عَنِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ أَنَّهُ قَالَ: (الْجَنَّتَانِ بُسْتَانَانِ فِي عَرْضِ الْجَنَّةِ كُلُّ بُسْتَانٍ مَسِيرَةَ مِائَةِ عَامٍ فِي وَسَطِ كُلِّ بُسْتَانٍ دار من نور «٢» وليس منها شي إِلَّا يَهْتَزُّ نَغْمَةً وَخُضْرَةً، قَرَارُهَا ثَابِتٌ وَشَجَرُهَا ثَابِتٌ) ذَكَرَهُ الْمَهْدَوِيُّ وَالثَّعْلَبِيُّ أَيْضًا مِنْ حَدِيثِ أَبِي هُرَيْرَةَ. وَقِيلَ: إِنَّ الْجَنَّتَيْنِ جَنَّتُهُ الَّتِي خُلِقَتْ لَهُ وَجَنَّةٌ وَرِثَهَا. وَقِيلَ: إِحْدَى الْجَنَّتَيْنِ مَنْزِلُهُ وَالْأُخْرَى مَنْزِلُ أَزْوَاجِهِ كَمَا يَفْعَلُهُ رُؤَسَاءُ الدُّنْيَا. وَقِيلَ: إِنَّ إِحْدَى الْجَنَّتَيْنِ مَسْكَنُهُ وَالْأُخْرَى بُسْتَانُهُ. وَقِيلَ: إِنَّ إِحْدَى الْجَنَّتَيْنِ أَسَافِلَ الْقُصُورِ وَالْأُخْرَى أَعَالِيَهَا. وَقَالَ مُقَاتِلٌ: هُمَا جَنَّةُ عَدْنٍ وَجَنَّةُ النَّعِيمِ. وَقَالَ الْفَرَّاءُ: إِنَّمَا هِيَ جَنَّةٌ وَاحِدَةٌ، فَثَنَّى لِرُءُوسِ الْآيِ. وَأَنْكَرَ الْقُتَبِيُّ هَذَا وَقَالَ: لَا يَجُوزُ أَنْ يُقَالَ خَزَنَةُ النَّارِ عِشْرُونَ إِنَّمَا قَالَ تِسْعَةَ عَشَرَ لِمُرَاعَاةِ رُءُوسِ الْآيِ. وَأَيْضًا قَالَ: (ذَواتا أَفْنانٍ) . وَقَالَ أَبُو جَعْفَرٍ النَّحَّاسُ: قَالَ الْفَرَّاءُ قَدْ تَكُونُ جَنَّةً فَتُثَنَّى فِي الشِّعْرِ، وَهَذَا الْقَوْلُ مِنْ أَعْظَمِ الْغَلَطِ عَلَى كِتَابِ اللَّهِ عَزَّ وَجَلَّ، يَقُولُ اللَّهُ عَزَّ وَجَلَّ: (جَنَّتانِ) وَيَصِفُهُمَا بِقَوْلِهِ: (فِيهِما) فَيَدَعُ الظَّاهِرَ وَيَقُولُ: يَجُوزُ أَنْ تَكُونَ جَنَّةً وَيَحْتَجُّ بِالشِّعْرِ! وَقِيلَ: إِنَّمَا كَانَتَا اثْنَتَيْنِ لِيُضَاعَفَ لَهُ السُّرُورَ بِالتَّنَقُّلِ مِنْ جِهَةٍ إِلَى جِهَةٍ. وَقِيلَ: نَزَلَتْ فِي أَبِي بَكْرٍ الصِّدِّيقِ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ خَاصَّةً حِينَ ذَكَرَ ذَاتَ يَوْمٍ الْجَنَّةَ حِينَ أُزْلِفَتْ وَالنَّارَ حِينَ بُرِّزَتْ، قَالَهُ عَطَاءٌ وَابْنُ شَوْذَبٍ. وَقَالَ الضَّحَّاكُ: بَلْ شَرِبَ ذَاتَ يَوْمٍ لَبَنًا عَلَى ظَمَإٍ فَأَعْجَبَهُ، فَسَأَلَ عَنْهُ فَأُخْبِرَ أَنَّهُ مِنْ غَيْرِ حِلٍّ فَاسْتَقَاءَهُ وَرَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ يَنْظُرُ إِلَيْهِ، فَقَالَ: (رَحِمَكَ اللَّهُ لَقَدْ أُنْزِلَتْ فِيكَ آية) وتلا عليه هذه الآية. [سورة الرحمن (٥٥) : الآيات ٤٨ الى ٥١] ذَواتا أَفْنانٍ (٤٨) فَبِأَيِّ آلاءِ رَبِّكُما تُكَذِّبانِ (٤٩) فِيهِما عَيْنانِ تَجْرِيانِ (٥٠) فَبِأَيِّ آلاءِ رَبِّكُما تُكَذِّبانِ (٥١)
(١). راجع ج ١٨ ص (٢٩٩) (٢). في ز، ل: (نُورٌ عَلى نُورٍ).

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