Sa parole – exalté soit-Il :
« Il a laissé se rencontrer les deux mers ; entre elles se trouve un isthme : elles ne transgressent point. »
(Maraja) signifie : Il a laissé libre cours, Il a lâché, Il a délaissé. On dit : « maraja as-sulṭân an-nâs » lorsque le souverain les abandonne à eux-mêmes. Le sens premier de al-marj est le laisser-aller, comme lorsqu’on lâche une bête dans le pâturage. On dit encore : « maraja » = « il a mélangé ».
Al-Akhfash dit : certains emploient « amraja al-baḥrayn » avec le même sens que « maraja » ; les formes faʿala et afʿala y sont équivalentes.
(Les deux mers) : Ibn ʿAbbâs a dit qu’il s’agit de la mer du ciel et de la mer de la terre ; tel est également l’avis de Mujâhid et de Saʿîd ibn Jubayr.
(Ils se rencontrent) – chaque année, a-t-on dit. D’autres soutiennent que seules leurs extrémités se rencontrent.
Al-Ḥasan et Qatâda y voient la mer des Perses et la mer des Romains. Ibn Jurayj explique qu’il s’agit de la mer salée et des fleuves d’eau douce. Il a aussi été dit : la mer de l’Orient et la mer de l’Occident, dont les extrémités se rejoignent ; ou encore : la mer de la perle et du corail.
(Entre elles se trouve un isthme) : c’est-à-dire une barrière. Selon la première opinion, il s’agit de ce qui sépare le ciel et la terre, comme l’a déclaré ad-Ḍaḥḥâk. Selon la seconde, c’est la terre qui les sépare, à savoir le Ḥijâz, d’après al-Ḥasan et Qatâda. Pour d’autres, cet isthme est la Puissance divine elle-même, ainsi qu’il a été expliqué auparavant dans la sourate al-Furqân.¹
Dans le ḥadîth rapporté par Abû Hurayra, d’après le Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue :
« Allah – Très-haut – s’adressa au côté occidental : “Je vais placer en toi des serviteurs à Moi qui Me célébreront par le tasbîḥ, Me magnifieront par le takbîr, proclameront Mon unicité par le tahlîl et Me glorifieront. Comment te comporteras-tu à leur égard ?” Elle répondit : “Je les noierai, ô Seigneur.” Il dit : “Je les porterai sur Ma Main et placerai ta vigueur à tes confins.” Puis Il s’adressa au côté oriental : “Je vais placer en toi des serviteurs qui Me célébreront, Me magnifieront, proclameront Mon unicité et Me glorifieront. Comment te comporteras-tu à leur égard ?” Elle répondit : “Je Te célébrerai avec eux lorsqu’ils Te célébreront, Je Te magnifierai avec eux lorsqu’ils Te magnifieront, je proclamerai Ton unicité avec eux lorsqu’ils proclameront Ton unicité, et je Te glorifierai avec eux lorsqu’ils Te glorifieront.” Allah la gratifia alors de l’ornement, plaça entre les deux un isthme, transforma l’une en une eau saumâtre et âcre, et laissa l’autre dans son état : douce et agréable. »
Ce récit a été rapporté par at-Tirmidhî al-Ḥakîm Abû ʿAbd Allâh, qui dit : « Nous a narré Ṣâliḥ ibn Muḥammad ; nous a narré al-Qâsim al-ʿUmari, d’après Sahl, d’après son père, d’après Abû Hurayra… »
(Elles ne transgressent point) : Qatâda dit : « elles ne s’en prennent pas aux gens au point de les engloutir ; Allah a placé entre elles et les gens une étendue de terre ferme. »
De lui-même, ainsi que de Mujâhid : aucune d’elles ne cherche à dominer l’autre.
Ibn Zayd explique que le sens de « elles ne transgressent point » est qu’elles ne cherchent pas à se rencontrer. Le sens implicite serait : « Il a laissé se rencontrer les deux mers ; n’eût été l’isthme qui les sépare, elles désireraient se heurter l’une à l’autre. »
Il a aussi été dit : l’isthme est ce qui sépare la vie d’ici-bas et l’au-delà, c’est-à-dire la durée qu’Allah a fixée – la durée de ce monde – ; ainsi les deux mers ne transgressent point. Quand Allah permettra la fin du monde, les deux mers…
¹ Cf. l’explication analogue dans la sourate al-Furqân.