Sous l’hypothèse où la préposition serait omise, c’est comme s’Il avait dit : « afin que vous ne transgressiez pas », à l’instar de Sa parole : « Allah vous expose clairement (tout cela) afin que vous ne vous égariez point » (1).
Il est aussi admissible que le terme « an » n’ait ici aucune fonction syntaxique ; il aurait alors la valeur de « ay », et « tathghaw » serait, dans ce cas, au jussif, comme dans Sa parole : « Les notables d’entre eux s’en allèrent (en disant) : an imshû » (2) – c’est-à-dire : « Marchez ! » (3).
Le ṭuġyân est le fait de dépasser la limite.
• Celui qui entend par la Balance (al-mîzân) la Justice dit que sa transgression est l’injustice.
• Celui qui y voit la balance matérielle avec laquelle on pèse affirme que sa transgression est la fraude (al-bakhs).
Ibn ʿAbbâs a dit : c’est-à-dire : « Ne trahissez pas celui pour qui vous pesez. »
Et, d’après lui encore : « Ô gens des mawâlî ! Il vous a été confié deux choses par lesquelles les hommes se sont perdus : le boisseau et la balance. »
• Celui qui considère qu’il s’agit du Jugement soutient que sa transgression est la falsification.
Il a aussi été avancé qu’il y a ici une ellipse : « Il a établi la Balance et vous a ordonné de ne pas y transgresser. »
« Établissez le poids avec équité » : accomplissez-le avec droiture et justice.
Abû ad-Dardâʾ – qu’Allah l’agrée – a dit : « Redressez la langue de la balance par l’équité et la justice. »
Ibn ʿUyaynah déclara : « La mise en place se fait par la main, et le qisṭ par le cœur. »
Mujâhid dit : « Al-qisṭ signifie al-ʿadl dans la langue des Romains. »
On a encore dit : c’est comme l’expression « il a établi la prière », c’est-à-dire qu’il l’a accomplie en son temps ; de même « les gens ont établi leurs marchés », c’est-à-dire qu’ils s’y sont rendus en leur temps ; autrement dit, n’abandonnez pas les transactions au poids dans la justice.
« Et ne faussez pas la Balance » : ne la diminuez pas, ne lésinez ni sur la mesure ni sur le poids, comme dans : « Et ne réduisez pas la mesure ni la balance » (5).
Qatâdah a commenté ce verset : « Ô fils d’Âdam, sois juste comme tu aimerais qu’on le soit envers toi ; donne pleine mesure comme tu aimerais qu’on te la rende, car la justice assure le bon ordre des gens. »
On a dit encore : le sens est : « Ne diminuez pas la balance de vos bonnes actions le Jour de la Résurrection, de peur que cela ne devienne pour vous un sujet de regret. » Le mot mîzân est répété en raison du rythme des fins de versets.
Selon une autre opinion, la répétition vise à insister sur l’obligation de donner pleine mesure et d’observer la justice dans la pesée.
La lecture générale est « tukhṣirû » (avec ḍamma sur le tâ et kasra sur le sîn). Bilâl b. Abî Burdah et Abân rapportant d’ʿUthmân lisent « takhṣarû » (avec fatḥa sur le tâ et le sîn) ; les deux formes sont recevables : on dit « akhṣartu al-mîzân » et « khasartu-hu » comme on dit « ajbartu-hu » et « jabartu-hu ».
Il a encore été dit que la lecture « takhṣarû » (fatḥa sur tâ et sîn) se comprend en supposant la suppression de la préposition ; le sens est alors : « Ne causez pas de perte dans la Balance. »
« Et la terre, Il l’a établie pour les êtres vivants » : d’après Ibn ʿAbbâs, « al-anâm » désigne les humains ; selon al-Ḥasan, il s’agit des jinns et des hommes ; selon ad-Ḍaḥḥâk, toute créature qui se meut à la surface de la terre ; c’est là une parole générale.
« Il s’y trouve des fruits » : c’est-à-dire toute