et du dînâr ; le mot est ici singulier alors que le pluriel est visé, afin de préserver la cadence finale des versets.
Muqâtil raconte : le jour de Badr, Abû Jahl frappa son cheval, s’avança hors des rangs et déclara : « Aujourd’hui, nous tirerons vengeance de Muḥammad et de ses compagnons. » Allah Très-haut fit alors descendre :
« Nous formons un ensemble victorieux. Bientôt le groupe sera mis en déroute et tournera les talons. »
Saʿîd ibn Jubayr rapporte les paroles de Saʿd ibn Abî Waqqâṣ : « Lorsque fut révélé le verset : “Bientôt le groupe sera mis en déroute et tournera les talons”, j’ignorais quel groupe serait vaincu. Puis, le jour de Badr, je vis le Prophète ﷺ bondir, revêtu de sa cuirasse, en disant : “Ô Allah ! Les Quraych sont venus Te défier, Toi et Ton Messager, avec leur orgueil et leur arrogance [khuyalāʾihā] ; anéantis-les donc ce matin.” Puis il récita : “Bientôt le groupe sera mis en déroute et tournera les talons.” J’en compris alors l’interprétation. C’est là l’un des miracles du Prophète ﷺ : il informa de l’invisible, et cela advint comme il l’avait annoncé.
L’expression « akhna ʿalayhi ad-dahru » signifie : le temps est venu à bout de lui et l’a détruit. De là ce vers d’al-Nâbigha :
« Celui qui anéantit Lubad l’a, lui aussi, anéanti. »
Quant à « akhnaytu ʿalayhi », cela veut dire : je l’ai corrompu, ruiné.
Ibn ʿAbbâs dit : « Il y eut sept années entre la révélation de ce verset et la bataille de Badr ; de ce fait, le verset est mecquois. »
Al-Bukhârî rapporte d’après ʿÂʾisha, Mère des croyants – qu'Allah soit satisfait d'elle – : « Il fut révélé à Muḥammad ﷺ, à La Mecque, alors que j’étais encore une fillette qui jouait : “Mais l’Heure est plutôt leur rendez-vous, et l’Heure est plus terrible et plus amère.” »
Ibn ʿAbbâs rapporte également que le Prophète ﷺ prononça, dans son pavillon, le jour de Badr :
« Je Te supplie par Ton pacte et Ta promesse. Ô Allah ! Si Tu le veux, plus jamais Tu ne seras adoré après ce jour. »
Abû Bakr – qu'Allah soit satisfait de lui – saisit alors sa main et dit : « C’est assez, ô Messager d’Allah ! Tu as beaucoup insisté auprès de ton Seigneur. »
Le Prophète sortit, toujours en armure, en répétant :
« Bientôt le groupe sera mis en déroute et tournera les talons. Mais l’Heure est plutôt leur rendez-vous », voulant dire : le Jour de la Résurrection. « Et l’Heure est plus terrible et plus amère », c’est-à-dire bien plus terrible et amère que ce qui les frappa à Badr.
Le terme « ad-hâ » provient de « dâhiya », qui désigne un événement d’une extrême gravité. On dit : « Untel a été atteint (dahâhu) par telle chose », c’est-à-dire qu’elle l’a frappé d’un malheur (dahwan, dahyan).
Ibn as-Sikkît a dit : « On dit : ‘Une calamité accablante (dâhiya dahwâʾ ou dahyâʾ) s’est abattue sur lui’ », ces formes renforçant le terme dâhiya.