S’agit-il, d’une manière générale, d’une révélation demeurée indéterminée, ou bien d’un message spécifié et explicite ? Deux opinions existent à ce sujet. Saʿîd ibn Jubayr a suivi la seconde et a dit :
« Allah révéla à Muḥammad : “Ne t’ai-Je pas trouvé orphelin et t’ai-Je alors recueilli ? Ne t’ai-Je pas trouvé égaré et t’ai-Je alors guidé ? Ne t’ai-Je pas trouvé démuni et t’ai-Je alors enrichi ? (Ne t’avons-Nous pas ouvert la poitrine, Nous avons déchargé de toi ton fardeau, qui alourdissait ton dos, et Nous avons élevé pour toi ta renommée.)” »
On a également rapporté qu’Allah lui révéla ceci : « Le Paradis est interdit aux prophètes tant que tu n’y entreras pas, ô Muḥammad, et interdit aux nations tant que ta communauté n’y aura pas pénétré. »
﴾Sourate an-Najm (53), versets 11-18﴿
11. Le cœur n’a point menti sur ce qu’il a vu.
12. Allez-vous donc contester ce qu’il voit ?
13. Il l’a certes vu lors d’une autre descente,
14. près du Lotus de la Limite,
15. auprès duquel se trouve le Jardin du Refuge,
16. lorsque le Lotus fut couvert de ce qui le couvrait.
17. Le regard ne dévia point et ne dépassa pas la mesure.
18. Il a certes vu certaines des plus grandes merveilles de son Seigneur.
La parole du Très-Haut : « Le cœur n’a point menti sur ce qu’il a vu » signifie que le cœur de Muḥammad — qu’Allah prie sur lui et le salue — ne s’est pas trompé, la nuit de l’Ascension, parce qu’Allah — exalté soit-Il — plaça sa vision dans son cœur, de sorte qu’il vit son Seigneur, et Allah conféra à cette vision un caractère réel.
D’autres ont affirmé qu’il s’agit d’une vision véritable par la vue physique. La première opinion est rapportée d’Ibn ʿAbbâs ; dans le Ṣaḥîḥ de Muslim il est mentionné qu’il Le vit avec son cœur, et c’est l’avis d’Abû Dharr et d’un groupe de Compagnons. La seconde est l’opinion d’Anas et d’un autre groupe.
Il est aussi rapporté d’Ibn ʿAbbâs qu’il a dit : « Vous étonnez-vous que l’amitié privilégiée (al-khulla) ait été donnée à Ibrâhîm, la conversation directe à Mûsâ, et la vision à Muḥammad — qu’Allah prie sur lui et le salue ? »
Il rapporta encore : « Quant à nous, les Banû Hâshim, nous disons que Muḥammad a vu son Seigneur deux fois. » Nous avons déjà traité cette question dans la sourate al-Anʿâm, à la parole : « Les regards ne L’atteignent point, alors que Lui atteint les regards. »¹
Muḥammad ibn Kaʿb rapporte : « Nous dîmes : ‘Ô Messager d’Allah — qu’Allah te couvre de Sa prière —, as-tu vu ton Seigneur ?’ Il répondit : ‘Je L’ai vu avec mon cœur à deux reprises’, puis il récita : ‘Le cœur n’a point menti sur ce qu’il a vu.’ »
Un troisième avis soutient qu’il vit Sa Majesté et Sa Grandeur ; c’est l’opinion d’al-Ḥasan.
Abû l-ʿÂliyah rapporte : On interrogea le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — : « As-tu vu ton Seigneur ? » Il répondit : « J’ai vu un fleuve, et derrière le fleuve un voile, et j’ai vu… »
¹ Voir al-Anʿâm, 6 : 103.