Mujâhid et Qatâdah ont dit :
« dhu mirrah » : c’est-à-dire « doué de puissance ».
Et l’on cite à ce propos le vers de Khufâf ibn Nadbah :
Je suis un homme de vigueur, gardez-moi pour l’honneur, A
Face aux rudes coups du sort je demeure ferme, sans peur. A
La force, en effet, peut être un attribut d’Allah – Exalté soit-Il – comme un attribut de la créature.
« fa-stawâ » – tel que nous l’avons exposé – désigne Gabriel ; autrement dit, il s’éleva et monta vers un lieu dans le ciel après avoir instruit Muhammad – paix et bénédiction d’Allah sur lui. Ainsi l’ont expliqué Saʿîd ibn al-Musayyab et Ibn Jubayr.
On a dit encore :
« fa-stawâ » signifie : il se tint debout dans la forme dans laquelle Allah Très-Haut l’a créé, car il avait coutume de venir au Prophète – paix et bénédiction d’Allah sur lui – sous l’apparence des humains, de même qu’il se présentait aux autres prophètes.
Le Prophète – paix et bénédiction d’Allah sur lui – lui demanda donc de lui montrer la forme originelle dans laquelle Allah l’avait façonné, et Gabriel la lui fit voir à deux reprises : une fois sur terre et une fois au ciel.
Quant à la vision terrestre, elle eut lieu à l’horizon suprême, alors que le Prophète – paix et bénédiction d’Allah sur lui – se trouvait à Ḥirâʾ ; Gabriel surgit de l’Orient et obtura la terre jusqu’à l’Occident, si bien que le Prophète – paix et bénédiction d’Allah sur lui – tomba évanoui. Gabriel descendit auprès de lui sous l’apparence humaine, le serra contre sa poitrine et essuya la poussière de son visage.
Lorsque le Prophète – paix et bénédiction d’Allah sur lui – revint à lui, il dit :
« Ô Gabriel, je n’aurais jamais cru qu’Allah eût créé quelqu’un avec une telle apparence. »
Il répondit :
« Ô Muhammad, je n’ai déployé que deux de mes ailes ; j’en possède pourtant six cents, et chacune d’entre elles couvre l’étendue qui sépare l’Orient de l’Occident. »
Le Prophète s’exclama :
« C’est là une chose grandiose ! »
Gabriel reprit : « Et pourtant, à côté de ce qu’Allah a créé, je ne suis qu’insignifiant. Allah a certes créé Isrâfîl avec six cents ailes, chacune d’elles équivalant à la totalité des miennes ; parfois, par crainte d’Allah Très-Haut, il se contracte jusqu’à devenir de la taille du waṣaʿ, c’est-à-dire d’un petit passereau. »
La preuve en est la parole d’Allah Très-Haut : « Il l’a certes vu à l’horizon manifeste »¹.
Quant à la vision céleste, elle eut lieu près du lotus de l’Ultime Limite ; nul des prophètes ne le vit sous cette forme, hormis Muhammad – paix et bénédiction d’Allah sur lui.
Un troisième avis estime que le sens de « fa-stawâ » est : le Coran se fixa dans sa poitrine. Sur ce point, deux opinions : la première, dans la poitrine de Gabriel lorsqu’il en fut chargé ; la seconde, dans la poitrine de Muhammad – paix et bénédiction d’Allah sur lui – lorsqu’il en fut gratifié.
Un quatrième avis avance que « fa-stawâ » veut dire : il se trouva parfaitement équilibré, c’est-à-dire Muhammad – paix et bénédiction d’Allah sur lui. Là encore, deux explications : l’une, qu’il fut équilibré dans sa vigueur ; l’autre, dans sa mission prophétique, ainsi qu’en fait mention al-Mâwardî.
Je (l’auteur) dis : selon la première interprétation, la proposition s’achève à « dhu mirrah » ; selon la seconde, à « shadîdu l-quwâ ».
Un cinquième avis veut que le sens soit : il s’éleva.
Sur cette lecture, deux possibilités : la première, qu’il s’agit de Gabriel – paix sur lui –