tel celui qui aperçoit une image dans le miroir ; ou l’altération du goût lorsque la bile jaune domine, et autres phénomènes semblables ; ou encore le bourdonnement et le tintement dans l’oreille ; alors que la parole, elle, est préservée de tout cela. On ne saurait opposer l’argument de l’écho, car celui-ci ne se produit qu’après que l’orateur a émis ses paroles, sans qu’elles soient entachées d’aucune ambiguïté.
Un sage a dit : « De même que tout homme parle par lui-même et qu’il lui est impossible de parler avec la langue d’autrui, de même chacun mange sa propre subsistance et il lui est impossible de consommer celle d’un autre. »
Al-Ḥasan a dit : « Il m’est parvenu que le Prophète d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue – a déclaré : “Qu’Allah combatte des gens à qui leur Seigneur a juré par Lui-même, et qui pourtant ne L’ont pas cru. Allah – Très-Haut – a dit : Par le Seigneur du ciel et de la terre ! Ceci est assurément la vérité…” »
Al-Aṣmaʿî rapporta : « Une fois, alors que je sortais de la mosquée de Baṣra, surgit un Bédouin rude et fruste, monté sur sa chamelle, l’épée au flanc et l’arc à la main. Il s’approcha, me salua et demanda :
– De quelle tribu es-tu, homme ?
Je répondis : – Des Banû Aṣmaʿ.
– Es-tu l’Aṣmaʿî ?
– Oui.
– D’où viens-tu ?
– D’un lieu où l’on récite la Parole du Tout-Miséricordieux.
– Le Tout-Miséricordieux aurait donc une parole que les fils d’Adam récitent ?
– Oui.
– Récite-m’en donc quelque chose.
Je récitai : “Par ceux qui éparpillent (le vent) avec violence…” jusqu’à Sa parole : “Et dans le ciel se trouvent votre subsistance…”.
Il s’écria : – Ô Aṣmaʿî, cela suffit ! Puis il se leva, abattit sa chamelle, la découpa avec sa propre peau et dit : – Aide-moi à la distribuer. Nous la répartîmes donc entre tous ceux qui passaient. Ensuite, il brisa son épée et son arc, les plaça sous la selle et s’en retourna vers le désert en répétant : “Et dans le ciel se trouvent votre subsistance et ce qui vous est promis.”
Je me pris alors en dégoût et me blâmai. Plus tard, j’accomplis le pèlerinage avec ar-Rachîd. Tandis que je tournais autour de la Kaʿba, j’entendis une voix douce ; je me retournai et reconnus le Bédouin, amaigri et jauni. Il me salua, prit mes mains et dit : – Récite-moi la Parole du Tout-Miséricordieux. Il me fit asseoir derrière le Maqâm et je récitai : “Par ceux qui éparpillent (le vent)…” jusqu’à ce que j’atteigne Sa parole : “Et dans le ciel se trouvent votre subsistance et ce qui vous est promis.”
Le Bédouin dit alors : – Nous avons certes trouvé véridique ce que le Tout-Miséricordieux nous avait promis. Puis il demanda : – Y a-t-il autre chose ?
Je répondis : – Oui. Allah – Béni et Exalté – dit : “Par le Seigneur du ciel et de la terre ! Ceci est assurément la vérité, tout comme il est certain que vous parlez.”
Le Bédouin poussa un cri et s’exclama : – Gloire à Allah ! Qui donc a courroucé le Majestueux au point qu’Il ait juré ! Ne L’ont-ils pas cru dans Sa parole, au point de Le contraindre au serment ? Il répéta cela trois fois, puis expira.
Yazîd ibn Marthad rapporta : « Un homme, affamé dans un lieu où il n’y avait rien, invoqua : “Ô Allah ! Fais venir jusqu’à moi la subsistance que Tu m’as promise.” Il fut alors rassasié et abreuvé sans nourriture ni boisson. »
D’après Abû Saʿîd al-Khuḍrî, le Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue – dit : « Si l’un d’entre vous… »