Cela vaut lorsque la personne sur laquelle porte le soupçon est de celles dont on a constaté la pudeur et la droiture, et dont l’apparence atteste la fiabilité ; le soupçonner alors de corruption ou de trahison est interdit. Il en va autrement de celui que les gens connaissent pour fréquenter ce qui prête à caution et pour se montrer ouvertement dans les turpitudes.
Le Prophète – ﷺ – a dit : « Allah a rendu sacrés, chez le musulman, son sang, son honneur, et le fait qu’on nourrisse à son égard un mauvais soupçon. »
Al-Ḥasan [al-Baṣrî] a déclaré : « Nous avons connu une époque où il était illicite de nourrir des soupçons au sujet des gens ; aujourd’hui tu vis dans une époque où l’on te dit : “Œuvre, tais-toi, et soupçonne les gens comme tu voudras.” »
Troisièmement – Le soupçon connaît deux états :
- Un état qui se fonde et se renforce par l’une des formes de preuve ; il est alors permis de statuer sur cette base, et la plupart des jugements de la Sharîʿah reposent sur la prépondérance du soupçon (ghalabat aẓ-ẓann), tels l’analogie juridique (al-qiyâs), le ḥadîth rapporté par un seul transmetteur (khabar al-wâḥid), l’estimation de la valeur des biens détruits, les indemnisations pour blessures, etc.
- Un état où une idée survient dans l’âme sans aucun indice, sans être plus probable que son contraire ; c’est le doute. Il n’est pas permis de juger sur cette base, et c’est de cela qu’il a été interdit de manière formelle, comme nous l’avons expliqué plus haut.
Un groupe d’innovateurs a rejeté le fait d’adorer Allah en se fondant sur la conjecture et la licéité d’agir selon elle, par pure ingérence dans la religion et par prétention rationnelle. Ils ne s’appuient sur aucun fondement recevable : le Créateur, exalté soit-Il, n’a pas blâmé la conjecture dans son ensemble, mais seulement une partie. Ils s’appuient parfois sur le ḥadîth d’Abû Hurayra : « Gardez-vous du soupçon », mais celui-ci ne constitue pas une preuve, car la conjecture, dans la Sharîʿah, se divise en deux sortes : louable et blâmable.
La louable est celle avec laquelle restent saufs la religion du soupçonneur et celle de la personne soupçonnée lorsque l’affaire se précise ; la blâmable est l’opposé, comme l’indiquent la parole du Très-Haut : « Une partie des conjectures est péché » [Coran 49 : 12] ; Sa parole : « Pourquoi, lorsque vous l’avez entendu, les croyants et les croyantes n’ont-ils pas eu, à leur propre propos, une bonne opinion ? »[1] ; et Sa parole : « Vous nourrissiez de mauvais soupçons et vous étiez un peuple perdu »[2].
Le Prophète – ﷺ – a dit encore : « Si l’un de vous fait l’éloge de son frère, qu’il dise : “Je pense qu’il est ainsi, mais je ne donne à personne de certificat devant Allah.” » Il a dit aussi : « Lorsque tu soupçonnes, n’enquête pas ; lorsque tu envies, ne transgresse pas ; et lorsque tu es pessimiste, poursuis ta route. » (Rapporté par Abû Dâwûd.)
La plupart des savants estiment qu’il n’est pas permis de nourrir un mauvais soupçon à l’égard de celui dont l’apparence manifeste le bien, alors qu’il n’y a aucun mal à en avoir à l’égard de celui dont l’apparence manifeste le mal ; c’est l’avis d’al-Mahdawî.
Quatrièmement – Au sujet de la parole du Très-Haut : « Ne vous espionnez pas », Abû Rajâ’ et al-Ḥasan – avec certaines variantes – ainsi que d’autres ont récité : « wa lâ taḥassasû » (avec un ḥâ’). On a divergé pour savoir si les deux formes ont le même sens ou deux sens distincts ; al-Akhfash a dit : « Il n’y a… »
[1] An-Nûr : 12.
[2] Al-Fatḥ : 12.