Alors qu’il se querellait avec un homme, Abū Dharr lui lança : « Ô fils de la Juive ! » Le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — intervint : « Ne vois-tu pas ici un homme à la peau claire et un autre à la peau noire ? Tu ne lui es nullement supérieur », la supériorité ne se mesurant qu’à la piété. Ce fut à cette occasion que fut révélé : « Et ne vous affublez pas de sobriquets. »
Ibn ʿAbbās a dit : « Le tanābuz bi-al-alqāb consiste à rappeler à quelqu’un les fautes qu’il a commises avant de se repentir ; Allah a interdit qu’on le stigmatise pour ce qui appartient au passé. » Cela est confirmé par la parole rapportée du Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue : « Quiconque reproche à un croyant un péché dont il s’est repenti, il incombe à Allah de l’éprouver par ce même péché et de l’en déshonorer ici-bas et dans l’Au-delà. »
Troisièmement — il est fait exception lorsque l’usage a prévalu, comme pour “le Boiteux” ou “le Bossu”, et que l’intéressé n’en est pas responsables et n’en conçoit aucune gêne ; la Communauté l’a alors jugé licite et l’ensemble des gens de la religion sont unanimes à l’admettre.
Ibn al-ʿArabī a dit : « Il se trouve, par Allah, dans leurs ouvrages des surnoms que je ne saurais agréer ; ainsi, le cas de Ṣāliḥ “Jazrah” : on l’a ainsi surnommé parce qu’il a lu de travers le mot “kharazah”. De même, on a appelé Muḥammad b. Sulaymān al-Ḥaḍramī “Mutayyan” (“tout boueux”) parce qu’il était tombé dans la boue. De telles appellations, devenues courantes chez les auteurs tardifs, ne me paraissent pas admissibles en religion. »
Mūsā b. ʿUlayy b. Rabāḥ al-Miṣrī disait : « Je ne pardonne à personne d’avoir réduit le nom de mon père », le diminutif, avec ḍamma sur la ʿayn, s’étant imposé à son sujet.
La règle générale est donc que tout nom ou surnom qu’une personne déteste qu’on lui adresse est interdit, en raison du tort qu’il lui cause. Allah est plus savant.
J’ajoute que c’est dans ce sens qu’al-Bukhārī — qu’Allah lui fasse miséricorde — a intitulé, dans le Livre des Bonnes Manières de son Ṣaḥīḥ, le chapitre : « Ce qu’il est permis de dire en décrivant les gens, tels “le grand” ou “le petit”, lorsqu’on n’entend pas les déprécier. » Il y rapporte cette parole du Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue : « Qu’a dit Dhu al-Yadayn ? »
Abū ʿAbdullāh b. Khuwayz Mandād a déclaré : « Le verset implique l’interdiction d’appeler quelqu’un par un surnom qu’il réprouve, tandis qu’il est permis de le désigner par un surnom qu’il aime. Ne vois-tu pas que le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — surnomma ʿUmar “al-Fārūq”, Abū Bakr “al-Ṣiddīq”, ʿUthmān “Dhu al-Nūrayn”, Khuzaymah “Dhu al-Shahādatayn” et Abū Hurayrah “Dhu al-Shimālayn” et “Dhu al-Yadayn”, et d’autres encore de cet ordre ? »