Aussi, chacun demeura fermement accroché à sa place, s’y agrippant, si bien que nul n’accordait presque jamais d’espace à autrui ; il arrivait donc qu’un homme ne trouvât pas de siège et restât debout.
Lorsque Thâbit sortit de la prière, il se mit à enjamber les cous des gens en disant : « Écartez-vous, écartez-vous ! » On lui ouvrit un passage jusqu’à ce qu’il parvînt près du Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue –; il ne restait entre eux qu’un seul homme. Il lui dit : « Écarte-toi. » L’homme répondit : « Tu as trouvé une place ; assieds-toi donc ! » Thâbit s’assit alors derrière lui, courroucé, puis demanda : « Qui est-ce ? » On lui répondit : « Unetelle. » Thâbit répliqua : « Le fils d’Untelle ! » – le blâmant ainsi par allusion à sa mère à l’époque de l’Ignorance. L’homme en eut honte, et le verset fut révélé à cette occasion.
Ad-Ḍaḥḥâk a dit : Il fut révélé au sujet de la délégation des Banû Tamîm mentionnée au début de la sourate ; ils s’étaient moqués des compagnons pauvres – ʿAmmâr, Khabbâb, Ibn Fuhayrah, Bilâl, Suhayb, Salmân, Sâlim l’affranchi d’Abû Ḥudhayfah et d’autres – lorsqu’ils virent la précarité de leur état. Le verset fut donc révélé au sujet de ceux d’entre eux qui avaient cru.
Mujâhid a dit : Il s’agit de la raillerie du riche à l’égard du pauvre.
Ibn Zayd a dit : Que celui dont Allah a couvert les fautes ne se moque pas de celui qu’Allah a dévoilé ; peut-être que l’exposition de ses péchés en ce bas-monde lui sera plus profitable dans l’Au-delà.
On a également rapporté qu’il fut révélé à propos de ʿIkrimah ibn Abî Jahl lorsqu’il arriva à Médine en musulman ; chaque fois que les musulmans le voyaient, ils disaient : « Le fils du Pharaon de cette communauté. » Il s’en plaignit au Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue –, et le verset fut alors révélé.
En résumé, nul ne doit oser tourner en dérision celui qu’il méprise du fait de sa pauvreté, d’une infirmité corporelle ou d’un manque d’aisance dans la conversation ; il se peut en effet que cet homme possède l’intention la plus sincère et le cœur le plus pur, contrairement à celui qui se trouve à l’opposé de ces qualités. Ainsi se fait-il du tort en rabaissant celui qu’Allah a honoré et en se moquant de celui qu’Allah a élevé.
Les pieux prédécesseurs manifestèrent à ce sujet une extrême vigilance. ʿAmr ibn Shuraḥbîl disait : « Si je voyais un homme téter une chèvre et que j’en riais, je craindrais de finir par faire ce qu’il fait. »
Et ʿAbdullâh ibn Masʿûd disait : « L’épreuve est liée à la parole ; si je me moquais d’un chien, je craindrais d’être transformé en chien. »
Le terme « qawm » dans la langue est réservé aux hommes. Le poète Zuhayr dit :
« Je ne sais, bien que je croie savoir :
Sont-ce des hommes, gens de Ḥiṣn, ou des femmes ? »
On les a appelés « qawm » parce qu’ils se lèvent aux côtés de celui qui les convoque dans les situations difficiles. D’autres ont dit qu’il s’agit du pluriel de « qâʾim » (celui qui se tient debout), puis le mot a été employé pour toute assemblée, même lorsqu’elle n’est pas debout. Par extension, les femmes peuvent entrer dans le terme « qawm », comme cela a déjà été expliqué dans la sourate al-Baqarah.