Les Khâridjites : « Ils se soulèveront contre la meilleure des factions — ou : ils surgiront au moment d’une division ». La première version est la plus authentique, conformément à la parole du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui : « Les exterminera la faction des deux qui est la plus proche de la vérité. » Or ceux qui les tuèrent furent ‘Alî ibn Abî Tâlib et les hommes qui étaient à ses côtés.
Il s’est donc établi, aux yeux des savants musulmans et par les preuves de la Dîn, que ‘Alî — qu’Allah l’agrée — était l’Imâm, et que quiconque se révoltait contre lui était un rebelle qu’il convenait de combattre jusqu’à ce qu’il revienne à la vérité et se rallie à la réconciliation. En effet, ‘Uthmân — qu’Allah l’agrée — fut assassiné sans que les Compagnons portent la moindre responsabilité dans son sang, car il leur avait interdit de combattre ceux qui s’étaient insurgés contre lui et avait déclaré : « Je ne serai pas le premier, après le Messager d’Allah ﷺ, à verser le sang au sein de sa communauté. » Il endura donc l’épreuve, se résigna à la tribulation et sacrifia sa propre personne pour préserver l’Ummah.
Cependant, il n’était pas possible de laisser les gens sans guide. On proposa alors le califat aux Compagnons restant que ‘Umar (1) avait désignés pour la Shûrâ ; ils s’en déchargèrent les uns sur les autres. ‘Alî — qu’Allah honore son visage — en était le plus digne et le plus qualifié. Il accepta la charge par souci de protéger l’Ummah, afin que son sang ne fût pas versé dans des violences injustes et que ses affaires ne fussent pas livrées au chaos, ce qui aurait pu altérer la religion et faire vaciller le pilier de l’Islam.
Une fois le pacte d’allégeance scellé, les habitants de Syrie exigèrent, parmi les conditions de la Bay‘ah, de pouvoir atteindre les meurtriers de ‘Uthmân et d’appliquer contre eux la loi du talion (al-qawad). ‘Alî — qu’Allah l’agrée — leur dit : « Entrez d’abord dans la Bay‘ah et recherchez le droit ; vous l’obtiendrez. » Ils répondirent : « Tu ne mérites pas l’allégeance tant que les assassins de ‘Uthmân sont avec toi ; nous les voyons matin et soir. »
Dans cette affaire, l’avis de ‘Alî fut le plus ferme et sa parole la plus juste ; car, s’il avait entrepris d’exécuter le talion contre eux, leurs tribus se seraient solidarisées, et une troisième guerre aurait éclaté. Il différa donc l’application de la peine jusqu’à ce que la situation se stabilise (3), que la Bay‘ah soit définitivement établie et que la plainte soit introduite par les ayants droit devant l’instance judiciaire, afin que le jugement soit rendu selon la justice.
Il n’existe, au sein de l’Ummah, aucune divergence sur le fait qu’il est permis à l’Imâm de retarder l’exécution du Qiṣâṣ si son application immédiate devait attiser la fitnah ou disperser l’unité de la parole. Il en alla de même pour Ṭalḥah et az-Zubayr : ils ne destituèrent pas ‘Alî de son autorité, ni ne le contestèrent en matière de religion ; ils estimèrent seulement qu’il convenait de commencer par châtier les assassins de ‘Uthmân.
Je dis : telle est une explication parmi d’autres de la cause de la guerre qui surgit entre eux.
D’éminents savants ont toutefois affirmé que l’affrontement de Baṣrah survint sans qu’aucune des deux parties n’eût résolu d’entrer en guerre ; il éclata soudainement, chacun se défendant en croyant que l’autre l’avait trahi, alors même que l’accord avait déjà été conclu entre eux,