Il était cet « insensé que l’on écoute » ; il appartenait aux « jarrârîn », c’est-à-dire à ceux qui entraînent derrière eux une armée : il menait à sa suite dix mille lances. Son nom était Ḥudhayfa, mais on le surnomma ʿUyayna à cause du strabisme(1) qui affectait ses yeux.
ʿAbd ar-Razzâq rapporte au sujet de ce même ʿUyayna qu’il est celui au propos duquel fut révélé : « Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre rappel »(2) [s. al-Kahf, v. 28].
À la fin de la sourate « al-Aʿrâf » ont déjà été signalés, dans la réplique qu’il adressa à ʿUmar — qu’Allah l’agrée —, des éléments suffisants(3), mentionnés par al-Bukhârî.
On rapporte encore qu’ils se présentèrent à l’heure de la méridienne, alors que le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — reposait. Ils se mirent à l’appeler : « Ô Muhammad ! Ô Muhammad ! Sors donc à nous ! » Il se réveilla, sortit, et le verset fut révélé.
On interrogea ensuite le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue —, et il dit : « Ce sont les rustres des Banû Tamîm ; n’était le fait qu’ils figureront parmi les plus acharnés à combattre l’Antéchrist borgne, j’aurais invoqué Allah contre eux afin qu’Il les anéantisse. »
Al-Ḥujurât est le pluriel de ḥujrah, tout comme al-ghurafât est le pluriel de ghurfah et aẓ-ẓulumât celui de ẓulmah. D’autres disent : al-Ḥujurât est le pluriel de al-ḥujar, lui-même pluriel de ḥujrah ; c’est donc un « pluriel de pluriel ». On y relève deux lectures : avec la consonne jîm vocalisée d’une ḍamma, ou d’une fatḥa(4).
Le poète a dit :
« Quand ils nous virent, nos genoux déjà découverts …
Sur un terrain où nous ne mêlons jamais le sérieux à la plaisanterie. »
La ḥujrah désigne aussi une parcelle de terre close par un mur qui l’entoure ; l’enclos pour les chameaux porte également le nom de ḥujrah. Le schème fuʿlah y revêt alors la valeur de mafʿûlah.
Abû Jaʿfar ibn al-Qaʿqâʿ a lu « al-Hujarât » en ouvrant la jîm, pour éviter la lourdeur de deux ḍammas ; on l’a aussi lu « al-Ḥj̱urât » avec la jîm muette, par allègement.
Le sens originel du mot est l’interdiction : toute chose dont tu empêches l’accès, tu l’as en quelque sorte « ḥajar » — interdite.
Il se peut enfin que seuls quelques-uns du groupe aient appelé ; c’est pourquoi Il dit : « la plupart d’entre eux ne raisonnent pas », c’est-à-dire : ceux qui t’appellent font partie d’un peuple sur lequel l’ignorance prédomine.
« Et si seulement ils avaient patienté jusqu’à ce que tu sortes vers eux, cela leur eût été meilleur ; et Allah est Pardonneur, Miséricordieux » (v. 5).
En d’autres termes : s’ils avaient attendu ta sortie, cela aurait été plus profitable pour leur religion et pour leur vie d’ici-bas. Le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — ne se dérobait aux gens qu’aux moments où il était occupé à des affaires personnelles ; dès lors, le déranger en pareil état