Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

que peut atteindre votre voix ; et rabaissez-la de telle sorte que sa parole l’emporte sur la vôtre, que son ton surpasse le vôtre, afin que son mérite à votre égard soit manifeste, que sa primauté apparaisse clairement, et que sa distinction par rapport à l’ensemble d’entre vous soit aussi évidente que la marque blanche d’un animal pie. Il ne s’agit donc pas de couvrir sa voix par votre vacarme ni d’éclipser son discours par votre tumulte.

Dans la lecture d’Ibn Masʿûd on trouve : « Ne haussez pas vos voix ».

Certains savants ont désapprouvé qu’on élève la voix près de sa tombe – que la paix d’Allah soit sur lui. D’autres ont également réprouvé que l’on élève la voix dans les assemblées des savants, par honneur pour eux, car ils sont les héritiers des prophètes.

Quatrièmement – Le Qâḍî Abû Bakr ibn al-ʿArabî a dit : « Le respect dû au Prophète – que les prières et la paix d’Allah soient sur lui – après son décès est identique au respect qui lui est dû de son vivant ; sa parole transmise après sa mort, quant à son élévation, est à l’égal de la parole que l’on entendait de sa bouche. Ainsi, lorsque ses propos sont récités, il incombe à tout auditeur de ne pas élever sa voix au-dessus de la sienne ni de s’en détourner, tout comme cela lui incombait lorsqu’il se trouvait dans son assemblée pendant qu’il les prononçait. »

Allah – exalté soit-Il – a d’ailleurs attiré l’attention sur la permanence de cette sacralité au fil des époques par Sa parole : « Et lorsque le Coran est récité, prêtez-lui une oreille attentive et restez silencieux. » (¹)

Or la parole du Prophète – que les prières et la paix d’Allah soient sur lui – relève de la Révélation ; elle possède, en matière de sagesse, le même rang que le Coran, à l’exception de certains sens particuliers dont l’exposé figure dans les livres de jurisprudence.

Cinquièmement – Il ne s’agit pas, dans l’élévation ou la projection de la voix, d’un comportement destiné à l’irrévérence ou au mépris – car cela relèverait de la mécréance, tandis que les personnes visées sont croyantes. L’objet visé est plutôt un ton qui, par sa nature même et le timbre que perçoivent les oreilles, ne convient pas à la révérence que l’on doit aux illustres et au respect voué aux notables ; il convient donc de s’efforcer de le modérer et de le ramener à un niveau qui fasse clairement apparaître l’ordre de dignifier et de vénérer.

L’interdiction ne vise pas non plus l’élévation de la voix qui ne cause aucun désagrément au Messager d’Allah – que les prières et la paix d’Allah soient sur lui – : celle qui se produit, par exemple, lors d’un combat, d’une controverse avec un obstiné, de l’intimidation d’un ennemi ou dans des situations analogues. Ainsi, dans le ḥadith, il est rapporté qu’il – paix et salut sur lui – dit à al-ʿAbbâs ibn ʿAbd al-Muṭṭalib, lorsque la troupe se débanda le jour de Ḥunayn : « Crie aux gens ! » — or al-ʿAbbâs possédait la voix la plus puissante. Il est rapporté qu’un jour, lors d’une razzia, al-ʿAbbâs s’écria : « Yâ ṣabâḥâh ! », si bien que, sous la force de sa voix, les femelles gravides firent une fausse-couche (²).

À ce sujet, le poète Nābigha des Banû Jadaʿa a dit :

الَّذِي يَبْلُغُهُ بِصَوْتِهِ، وَأَنْ تَغُضُّوا مِنْهَا بِحَيْثُ يَكُونُ كَلَامُهُ غَالِبًا لِكَلَامِكُمْ، وَجَهْرُهُ بَاهِرًا لِجَهْرِكُمْ، حَتَّى تَكُونَ مَزِيَّتُهُ عَلَيْكُمْ لَائِحَةً، وَسَابِقَتُهُ وَاضِحَةً، وَامْتِيَازُهُ عَنْ جُمْهُورِكُمْ كَشِيَةِ الْأَبْلَقِ. لَا أَنْ تَغْمُرُوا صَوْتَهُ بِلَغَطِكُمْ، وَتَبْهَرُوا مَنْطِقَهُ بِصَخَبِكُمْ. وَفِي قِرَاءَةِ ابْنِ مَسْعُودٍ " لَا تَرْفَعُوا بِأَصْوَاتِكُمْ" وَقَدْ كَرِهَ بَعْضُ الْعُلَمَاءِ رَفْعَ الصَّوْتِ عِنْدَ قَبْرِهِ عَلَيْهِ السَّلَامُ. وَكَرِهَ بَعْضُ الْعُلَمَاءِ رَفْعَ الصَّوْتِ فِي مَجَالِسِ الْعُلَمَاءِ تَشْرِيفًا لَهُمْ، إِذْ هُمْ وَرَثَةُ الْأَنْبِيَاءِ. الرَّابِعَةُ- قَالَ الْقَاضِي أَبُو بَكْرِ بْنُ الْعَرَبِيِّ: حُرْمَةُ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ مَيِّتًا كَحُرْمَتِهِ حَيًّا، وَكَلَامُهُ الْمَأْثُورُ بَعْدَ موته في الرفعة مِثَالُ كَلَامِهِ الْمَسْمُوعِ مِنْ لَفْظِهِ، فَإِذَا قُرِئَ كَلَامُهُ، وَجَبَ عَلَى كُلِّ حَاضِرٍ أَلَّا يَرْفَعَ صَوْتَهُ عَلَيْهِ، وَلَا يُعْرِضَ عَنْهُ، كَمَا كَانَ يَلْزَمُهُ ذَلِكَ فِي مَجْلِسِهِ عِنْدَ تَلَفُّظِهِ بِهِ. وَقَدْ نَبَّهَ اللَّهُ سُبْحَانَهُ عَلَى دَوَامِ الْحُرْمَةِ الْمَذْكُورَةِ عَلَى مُرُورِ الْأَزْمِنَةِ بِقَوْلِهِ تَعَالَى: " وَإِذا قُرِئَ الْقُرْآنُ فَاسْتَمِعُوا لَهُ وَأَنْصِتُوا" «١» وَكَلَامُهُ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ مِنَ الْوَحْيِ، وَلَهُ مِنَ الحكمة مثل ما للقرآن، إلا معاني مُسْتَثْنَاةً، بَيَانُهَا فِي كُتُبِ الْفِقْهِ. الْخَامِسَةُ- وَلَيْسَ الْغَرَضُ بِرَفْعِ الصَّوْتِ وَلَا الْجَهْرِ مَا يُقْصَدُ بِهِ الِاسْتِخْفَافُ وَالِاسْتِهَانَةُ، لِأَنَّ ذَلِكَ كُفْرٌ وَالْمُخَاطَبُونَ مُؤْمِنُونَ. وَإِنَّمَا الْغَرَضُ صَوْتٌ هُوَ فِي نَفْسِهِ وَالْمَسْمُوعُ مِنْ جَرْسِهِ «٢» غَيْرُ مُنَاسِبٍ لِمَا يُهَابُ به العظماء ويوقروا الْكُبَرَاءُ، فَيَتَكَلَّفُ الْغَضَّ مِنْهُ وَرَدَّهُ إِلَى حَدٍّ يَمِيلُ بِهِ إِلَى مَا يَسْتَبِينُ فِيهِ الْمَأْمُورَ بِهِ مِنَ التَّعْزِيرِ وَالتَّوْقِيرِ. وَلَمْ يَتَنَاوَلِ النَّهْيُ أَيْضًا رَفْعَ الصَّوْتِ الَّذِي يَتَأَذَّى بِهِ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ، وَهُوَ مَا كان منهم في الحرب أَوْ مُجَادَلَةِ مُعَانِدٍ أَوْ إِرْهَابِ عَدُوٍّ أَوْ مَا أَشْبَهَ ذَلِكَ، فَفِي الْحَدِيثِ أَنَّهُ قَالَ عليه السلام للعباس ابن عَبْدِ الْمُطَّلِبِ لَمَّا انْهَزَمَ النَّاسُ يَوْمَ حُنَيْنٍ: ] اصْرُخْ بِالنَّاسِ [وَكَانَ الْعَبَّاسُ أَجْهَرَ النَّاسِ صَوْتًا، يُرْوَى أَنَّ غَارَةً أَتَتْهُمْ يَوْمًا فَصَاحَ الْعَبَّاسُ: يا صباحاه! فَأُسْقِطَتِ الْحَوَامِلُ لِشِدَّةِ صَوْتِهِ، وَفِيهِ يَقُولُ نَابِغَةُ بني جعدة:
(١). آية ٢٠٤ سورة الأعراف. (٢). الجرس (بفتح الجيم وكسرها): الصوت.

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