Puis, lorsqu’il se mit en marche avec eux, ils dirent : « Laissez-nous vous suivre, afin que nous combattions avec vous. »
« Ils veulent ainsi changer la Parole d’Allah », c’est-à-dire la modifier.
Ibn Zayd a dit : il s’agit de la parole du Très-Haut : « S’ils te demandent permission pour partir, dis : “Jamais vous ne partirez avec moi et jamais vous ne combattrez d’ennemi à mes côtés.” » [at-Tawbah : 83][1].
At-Tabarî et d’autres ont récusé cette interprétation, parce que l’expédition de Tabûk eut lieu après la conquête de Khaybar et après celle de La Mecque.
On a également dit que le sens est qu’ils voulaient altérer la promesse d’Allah faite aux gens de l’Hudaybiyyah ; en effet, Allah – Exalté soit-Il – leur réserva les butins de Khaybar en compensation du report de la conquête de La Mecque, lorsqu’ils étaient revenus de l’Hudaybiyyah à la suite d’un pacte. C’est l’avis de Mujâhid et de Qatâdah, retenu par at-Tabarî et adopté par la majorité des exégètes.
Hamza et al-Kisâʾî ont lu « kalim » (كَلِم) – sans alif et avec kasra sous le lâm –, pluriel de kalimah, comme salimah/salim ; les autres ont lu « kalâm » (كَلَام) en tant que nom verbal. Abû ʿUbayd et Abû Hâtim ont préféré cette dernière lecture, à la lumière de la parole divine : « Je t’ai certes choisi au-dessus des gens par Mes messages et par Ma parole » [al-Aʿrâf : 144][2].
Le kalâm est, en langue arabe, une proposition autonome. Al-Jawharî dit : le kalâm est un nom générique qui s’applique aussi bien au peu qu’au beaucoup, tandis que le kalim ne peut compter moins de trois mots, puisqu’il s’agit du pluriel de kalimah, tout comme nabqah/nabq. C’est pourquoi Sîbawayh a dit : « Ceci est le chapitre relatif au savoir de ce qu’est al-kalim dans la langue arabe », et non « al-kalâm », car il entendait par là les trois catégories : le nom, le verbe et la particule ; il a donc utilisé un terme exclusivement pluriel et délaissé celui qui peut s’appliquer au singulier comme au pluriel.
La tribu de Tamîm dit : « kilmah » (كِلْمَة) – avec kasra sous la kâf. La question a déjà été traitée dans la sourate Barâʾah[3].
« Ainsi Allah vous l’avait-Il déjà annoncé auparavant », c’est-à-dire avant notre retour de l’Hudaybiyyah : le butin de Khaybar est réservé exclusivement à ceux qui avaient assisté à l’Hudaybiyyah.
« Ils diront donc : “C’est plutôt que vous nous enviez.” » Autrement dit : vous nous jalousez notre part des butins. Il a été rapporté que le Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui – leur dit : « Si vous partez, je ne vous en empêcherai pas, mais vous n’aurez droit à aucune part. » Ils répondirent : « C’est de la jalousie ! »
Les musulmans dirent alors : « Allah nous a informés, à l’Hudaybiyyah, de ce qu’ils allaient dire », et ils récitèrent Sa parole : « Ils diront donc : “C’est plutôt que vous nous enviez.” »
Allah – Très-Haut – dit : « Mais en réalité, ils ne comprennent que bien peu », c’est-à-dire qu’ils ne connaissent que les affaires de ce bas-monde. D’autres ont dit : ils ne comprennent des affaires de la religion que fort peu, à savoir qu’ils ont abandonné le combat.
[1] Verset cité intégralement : at-Tawbah, 83.
[2] al-Aʿrâf, 144.
[3] Voir le commentaire de la sourate Barâʾah (at-Tawbah).