Les autres (lecteurs) l’ont vocalisé avec la fatḥa ; il s’agit alors du maṣdar de l’expression : « ḍarartu-hu ḍarran » – « je lui ai causé un tort ». Quant à la ḍamma, elle en fait un nom désignant l’affliction – maigreur et mauvaise condition – qui atteint l’homme. Or le maṣdar peut exprimer l’action, qu’elle soit unique ou répétée. Cette lecture a été privilégiée par Abû ʿUbayd et Abû Ḥâtim, car, disent-ils, elle se trouve opposée à « nafaʿ », l’antonyme de « ḍarr ».
On a aussi avancé qu’il s’agit de deux formes dialectales au même sens, à l’instar de faqr/fuqr ou ḍaʿf/ḍuʿf.
« … ou qu’Il veuille pour vous un bien » : c’est-à-dire la victoire et le butin. Ce propos les réfute, eux qui pensaient qu’en se dérobant au Messager ils se préserveraient du mal et s’assureraient plus promptement le profit.
[Sourate al-Fatḥ (48), verset 12]
« Bien au contraire, vous aviez pensé que jamais le Messager et les croyants ne retourneraient auprès des leurs ; cette idée fut enjolivée dans vos cœurs, vous avez nourri une pensée mauvaise, et vous fûtes un peuple voué à la perdition. »
Parole du Très-Haut : « Bien au contraire, vous aviez pensé que jamais le Messager et les croyants ne retourneraient auprès des leurs. » En effet, ils disaient : « Muhammad et ses compagnons ne sont qu’une poignée d’hommes ; ils ne reviendront pas. »
« Cette idée fut enjolivée » – c’est-à-dire l’hypocrisie – « dans vos cœurs » ; cet enjolivement provient de Satan, ou bien Allah le crée Lui-même dans leurs cœurs.
« Vous avez nourri une pensée mauvaise » : c’est que vous croyiez qu’Allah ne secourrait pas Son Messager.
« Et vous fûtes un peuple bûr » : c’est-à-dire voués à la perdition, selon Mujâhid. Qatâdah commente : des gens corrompus, inaptes à tout bien. Al-Jawharî précise : al-bûr désigne l’homme perverti, détruit, en qui il n’est point de bien.
ʿAbd Allâh ibn az-Zubaʿrâ as-Sahmî a dit :
Ô Messager du Roi, ma langue se resserre, (A)
Et raccommode ce qu’elle déchira naguère. (A)
On dit aussi : « femme bûr », rapporte Abû ʿUbayd, et « qawm bûr » pour un peuple anéanti.
Le Très-Haut déclare : « vous fûtes un peuple bûr » ; bûr est le pluriel de bâʾir, à l’instar de ḥāʾil/ḥūl. On dit : « bāra Untel » – il a péri ; « abārahu-Llâh » – Allah l’a détruit.
D’autres ont dit : « bûr » signifie « pervers », selon Ibn Baḥr.
Hassân ibn Thâbit a dit :
La haute taille ne sert de rien aux esprits abrutis, (B)
Mais Dieu guide vers la bonne voie le peuple détruit. (B)
C’est-à-dire : le peuple voué à la perte.