Ibn Sulaymân rapporta :
Lorsque fut révélée la parole du Très-Haut :
« Et je ne sais pas ce qu’il sera fait de moi ni de vous »¹ (Al-Aḥqâf, 9),
les polythéistes et les hypocrites s’en réjouirent et dirent : « Comment suivrions-nous un homme qui ne sait même pas ce qu’il adviendra de lui ni de ses compagnons ? »
Puis, après le retour du Prophète de Ḥudaybiya, fut révélé :
« Nous t’avons certes accordé une victoire éclatante »,
c’est-à-dire : Nous avons statué en ta faveur d’une sentence décisive. Ce verset abrogea donc le précédent.
Le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — déclara alors : « Une sourate vient de m’être révélée ; elle m’est plus précieuse que la possession de chamelles rousses. »
Al-Mas‘ûdî dit : « Il m’est parvenu que celui qui récite la sourate al-Fatḥ la première nuit de Ramaḍân, dans une prière surérogatoire, Allah le préserve durant toute cette année. »
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
[Sourate al-Fatḥ (48) : verset 1]
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
« Nous t’avons certes accordé une victoire éclatante » (1)
Les exégètes ont divergé au sujet de cette victoire : de quoi s’agit-il ? Dans le Ṣaḥîḥ de al-Bukhârî, Muḥammad b. Bashshâr m’a rapporté, disant : Ghundar nous a rapporté, disant : Shu‘ba nous a rapporté, disant : J’ai entendu Qatâda d’après Anas [qui récitait] : « Nous t’avons certes accordé une victoire éclatante », et il expliqua : « Il s’agit de Ḥudaybiya. »
Jâbir dit : « Nous ne considérions la conquête de La Mecque que comme le jour de Ḥudaybiya. »
Al-Farrâ’² déclara : « Vous comptez, vous, pour victoire la conquête de La Mecque — et certes la conquête de La Mecque fut une victoire —, tandis que nous considérons pour victoire l’allégeance d’al-Riḍwân, le jour de Ḥudaybiya ; nous étions, avec le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — quatorze cents hommes, et Ḥudaybiya est un puits. »
Ad-Ḍaḥḥâk dit : « “Nous t’avons certes accordé une victoire éclatante” : sans combat ; la trêve faisait partie de la victoire. »
Mujâhid dit : « Il s’agit du lieu où il immola [ses offrandes] à Ḥudaybiya et se rasa la tête. »
Et il dit encore : « La victoire de Ḥudaybiya fut un signe immense : son eau s’était tarie ; il y cracha, et elle se mit à déborder jusqu’à ce que tous ceux qui l’accompagnaient en eurent bu. »
Mûsâ b. ‘Uqba rapporte qu’un homme, à leur retour de Ḥudaybiya, déclara : « Ceci n’est pas une victoire : ils nous ont empêchés d’atteindre la Maison sacrée. » Le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — répondit : « Bien au contraire, c’est la plus grande des victoires : les polythéistes ont consenti à vous écarter de leurs terres d’un simple geste de la main, à vous demander un accord et à solliciter auprès de vous la sécurité, après avoir vu de vous ce qu’ils détestaient. »
Ash-Sha‘bî, commentant la parole du Très-Haut : « Nous t’avons certes accordé une victoire éclatante », dit : « Il s’agit de la victoire de Ḥudaybiya ; il y obtint ce qu’il n’avait obtenu dans aucune expédition : Allah lui pardonna ses fautes passées et futures, et l’allégeance d’al-Riḍwân y fut conclue. »