Muqâtil et ath-Thumalî ont dit : « par le man », c’est-à-dire le reproche ostentatoire ; il s’agit d’une adresse à quiconque se glorifie auprès du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — d’avoir embrassé l’islam. Toutes ces explications se rapprochent les unes des autres, et la parole d’al-Ḥasan les résume. Le verset laisse entendre que les grands péchés font avorter les actes d’obéissance et que les désobéissances font sortir de l’état de foi.
Deuxièmement. Nos savants et d’autres encore ont invoqué ce verset pour affirmer qu’il n’est pas permis de quitter un acte surérogatoire — prière ou jeûne — une fois qu’on s’y est engagé, car cela équivaut à annuler l’œuvre, et Allah l’a interdit. Ceux qui l’autorisent — l’imâm ash-Shâfiʿî, entre autres — disent : il est ici question de l’annulation de la récompense d’un acte obligatoire ; Allah a donc interdit à l’homme d’en réduire la récompense. Quant au nafl (surérogatoire), il n’entre pas dans cette interdiction, puisqu’il ne lui est pas imposé. Et si l’on soutient que la formulation est générale, le général peut être particularisé ; on le particularise au motif que le nafl est un acte volontaire, et que la volontarité implique le libre choix.
D’après Abû l-ʿÂliyah, on pensait qu’aucun péché ne pouvait nuire tant que l’on restait musulman, jusqu’à la révélation de ce verset ; ils craignirent alors que les grands péchés ne fassent périr les œuvres.
Muqâtil a dit : Allah — Très-Haut — dit : « Si vous désobéissez au Messager, vous avez certes rendu vaines vos actions. »
[Sourate Muḥammad, 47 : 34]
« Certes, ceux qui ont mécru et détourné [les gens] du sentier d’Allah, puis sont morts alors qu’ils étaient mécréants, Allah ne leur pardonnera jamais. » (34)
Il montre ainsi que mourir dans l’incrédulité entraîne l’éternité dans le Feu. Cette question a déjà été abordée dans al-Baqarah¹.
On a dit également que le verset vise les compagnons du Qalîb², mais son jugement est général.
[Sourate Muḥammad, 47 : 35]
« Ne faiblissez donc pas et n’appelez pas à la paix alors que vous êtes les plus hauts ; Allah est avec vous et Il ne diminuera pas vos œuvres. » (35)
Il s’y trouve trois questions.
Premièrement : Sa parole — exalté soit-Il — « Ne faiblissez donc pas », c’est-à-dire : ne vous affaiblissez pas face au combat.
Le wahan est la faiblesse ; on dit : « wahana al-insân » (l’homme s’est affaibli) et « wahanahu ghayruhu » (un autre l’a affaibli) ; le verbe peut être transitif ou intransitif.
Ainsi l’on a dit :
« Je ne suis pas un homme que la pauvreté fasse chanceler. »³