Al-Jawharî a dit :
« Ad-ḍighn » et « ad-ḍaghînah » signifient la rancœur. On dit : « ḍaghina ʿalayhi » – avec kasra –, « ḍighnan », c’est-à-dire qu’il nourrit contre lui de la haine.
« Taḍâghana al-qawm wa-iḍṭaghanu » : ils ont caché des haines dans leurs poitrines. Quant à l’expression « iḍṭaghan-ta aṣ-ṣabiyya », elle s’emploie lorsque tu prends l’enfant sous ton bras.
Al-Aḥmar a récité :
On dirait qu’il cajole un frêle bambin, (A)
le tenant blotti contre son giron. (A)
Ibn Muqbil a dit :
Lorsque je cale mon arme à l’endroit voulu, (A)
mon coude, tel le pommeau d’un glaive, fend l’air affûté. (A) [1]
On appelle « cheval ḍâghin » une monture qui ne déploie la vigueur de sa course qu’après avoir été frappée.
Le sens (du verset) est donc : pensaient-ils qu’Allah ne ferait pas apparaître leur inimitié et leur rancœur envers les gens de l’Islam ?
« Si Nous le voulions, Nous te les montrerions » : autrement dit, Nous te les ferions connaître.
Ibn ʿAbbâs a dit : Allah les lui a déjà fait connaître dans la sourate « Barâ’ah » [2].
Les Arabes disent : « Je te montrerai ce que je ferai », c’est-à-dire : « Je t’en informerai. » De même, la parole d’Allah : « بِما أَرَاكَ اللَّهُ » [An-Nisâ’ : 105], c’est-à-dire : au moyen de ce qu’Il t’a appris.
« Alors tu les reconnaîtrais à leurs traits » : à leurs signes distinctifs. Anas rapporte : après la révélation de ce verset, plus aucun hypocrite ne restait caché au Prophète ﷺ ; il les reconnaissait à leurs marques. Nous fûmes dans une expédition où se trouvaient sept hypocrites que les gens soupçonnaient ; un matin, ils se réveillèrent et, sur le front de chacun, était inscrit : « Celui-ci est un hypocrite ». Tel fut leur signe.
Ibn Zayd dit : Allah avait décrété qu’ils fussent dévoilés et ordonné qu’ils soient expulsés de la mosquée ; mais ils refusèrent tout autre choix que de s’accrocher à « Lâ ilâha illâ-Allâh ». Leur sang fut donc épargné, et grâce à cette attestation ils purent se marier et marier leurs filles.
« Tu les reconnaîtras encore à coup sûr au ton de leur parole » : c’est-à-dire à l’allusion et au sens implicite qu’elle renferme.
Ainsi le poète a dit :
Le meilleur discours est celui qui reste sous-entendu : (A)
on le saisit au sens, sans qu’il soit dit frontalement. (A)
Le terme provient de « laḥn » en grammaire, qui signifie : s’écarter de la rectitude.
Il en va de même dans cette parole du Prophète ﷺ : « Vous portez vos litiges devant moi, et il se peut que l’un d’entre vous soit plus alḥan dans son argumentation que l’autre », c’est-à-dire plus habile à manier la parole et à orienter la réponse en sa faveur grâce à la force de son éloquence.
Abû Zayd : —