Visez à trancher les cous.
Et Il a dit : « frappez donc les cous », et Il n’a pas dit : « tuez-les », car l’expression « frapper les cous » contient une rudesse et une vigueur que ne renferme pas le terme « tuer ». Elle représente en effet l’homicide sous sa forme la plus atroce : l’égorgement du cou et la séparation de ce membre qui est la tête, sommet du corps, le plus élevé et le plus noble de ses organes.
Deuxième point – parole du Très-Haut : « jusqu’à ce que vous les ayez fortement décimés », c’est-à-dire : lorsque vous aurez multiplié les mises à mort. Cette tournure a déjà été expliquée dans la sourate al-Anfâl, à Sa parole : « jusqu’à ce qu’il accomplisse un carnage sur la terre » [al-Anfâl : 67].
« Puis, ligotez-les solidement » : autrement dit, lorsque vous les prenez en captivité. Le terme al-wathāq est le nom dérivé de al-īthāq ; il peut aussi être un masdar. On dit : « awthaqtuhu īthāqan wa wathāqan ». Quant à al-withāq (avec kasra), c’est le nom de l’objet avec lequel on attache, telle une corde, selon al-Qushayrī. Al-Jawharī a dit : « Il l’a attaché avec le lien », et le Très-Haut a dit : « puis ligotez-les solidement ». Al-withāq (avec kasra de la wāw) est une variante dialectale. Il a ordonné de serrer le lien afin qu’ils ne s’évadent pas.
« Ensuite, soit vous accordez la grâce, soit vous exigez une rançon » : c’est-à-dire, libérez-les sans contrepartie ou échangez-les contre une rançon. Le meurtre n’est pas mentionné ici, puisqu’il l’a déjà été en début de passage. Les mots « mannan » (acte de grâce) et « fidāʾan » (rançon) sont à l’accusatif par élision d’un verbe sous-entendu. On a également récité « fadan » (sans prolongation, avec la fāʾ ouverte), c’est-à-dire : soit que vous leur fassiez grâce, soit que vous les échangiez contre une rançon.
Il a été rapporté qu’un homme raconta : « Je me tenais auprès d’al-Ḥajjāj lorsque l’on amena les captifs des partisans de ʿAbd ar-Raḥmān ibn al-Ashʿath ; ils étaient quatre mille huit cents, et près de trois mille furent exécutés. On présenta alors un homme de Kindah qui dit : “Ô Ḥajjāj, qu’Allah ne te récompense ni pour la Sunna ni pour la générosité !” – “Pourquoi donc ?” demanda-t-il. L’homme répondit : “Parce qu’Allah, Très-Haut, a dit au sujet des mécréants :
« Lorsque vous rencontrez ceux qui ont mécru, frappez donc les cous… puis, ensuite, soit vous faites grâce, soit vous exigez une rançon. »
Par Allah ! Tu n’as ni fait grâce ni demandé de rançon. Or votre poète a dit, louant les vertus de son peuple :
Nous ne tuons pas les captifs, nous les délivrons,
Lorsque ploient leurs cous sous le fardeau des rançons.
Al-Ḥajjāj s’écria alors : “Fi de ces charognes ! N’y avait-il donc parmi eux personne capable d’une telle parole ? Libérez ceux qui restent.” Ce jour-là, les quelque deux mille prisonniers restants furent relâchés grâce à la parole de cet homme. »