Leurs esclaves l’injuriaient et se moquaient de lui, si bien que la foule se rassembla autour de lui et le contraignit à se réfugier dans un jardin appartenant à ʿUtbah et Shaybah, fils de Rabîʿah.
Il dit alors à la Jumahite : « Quel mal nous est venu de la part de tes proches ! »
Puis il invoqua :
« Ô Allah ! Je me plains à Toi de la faiblesse de ma force, de la pauvreté de mes moyens et du mépris dont je suis l’objet de la part des gens. Ô Très Miséricordieux des miséricordieux ! Tu es le Seigneur des opprimés, Tu es mon Seigneur. À qui m’abandonnes-Tu ? À un serviteur étranger qui me regarde avec hostilité, ou à un ennemi à qui Tu as remis pouvoir sur mon affaire ? Tant qu’il n’y a pas contre moi Ta colère, je n’en fais aucun cas ; mais Ta sauvegarde est plus vaste pour moi. Je cherche refuge dans la lumière de Ton Visage contre le fait que Ta colère descende sur moi ou que Ton courroux s’abatte sur moi. À Toi le recours jusqu’à ce que Tu sois satisfait ; il n’est de puissance ni de force qu’en Toi. »
Les deux fils de Rabîʿah furent pris de compassion pour lui et dirent à l’un de leurs jeunes serviteurs, chrétien, nommé ʿAddâs : « Prends une grappe de raisin, mets-la dans ce plat, puis présente-la à cet homme. »
Lorsque ʿAddâs la posa devant le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui —, le Prophète dit : « Au nom d’Allah », puis mangea.
ʿAddâs fixa son visage et déclara : « Par Allah, ces paroles ne sont pas celles que prononcent les habitants de cette ville ! »
Le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — lui demanda : « De quel pays es-tu, ô ʿAddâs, et quelle est ta religion ? » — « Je suis chrétien, originaire de Ninive », répondit-il.
Le Prophète reprit : « Es-tu donc du village de l’homme vertueux Yûnus fils de Mattâ ? »
ʿAddâs s’étonna : « Et d’où sais-tu qui est Yûnus fils de Mattâ ? »
Le Prophète dit : « C’est mon frère ; il était Prophète et moi je suis Prophète. » Alors ʿAddâs se jeta sur lui et lui baisa la tête, les mains et les pieds.
Les deux fils de Rabîʿah lui dirent : « Pourquoi as-tu agi ainsi ? »
Il répondit : « Ô mes maîtres, nul sur terre n’est meilleur que cet homme ; il m’a informé d’une chose que seul un Prophète peut connaître. »
Le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — s’en alla ensuite, lorsqu’il perdit tout espoir de bien de la part de Thaqîf. Parvenu dans la vallée de Nakhlah, il se leva durant la nuit pour prier. Un groupe de djinns de Naṣîbîn passa alors près de lui. En effet, les djinns avaient l’habitude de dérober des bribes d’écoute, mais lorsque le ciel fut gardé et qu’ils furent pourchassés par des météores, Iblîs dit : « Ce qui s’est produit dans le ciel résulte assurément de quelque chose qui a eu lieu sur terre. » Il envoya donc ses détachements en quête de la nouvelle ; les premiers furent les cavaliers de Naṣîbîn, l’élite des djinns, en direction de Tihâmah. Parvenus à la vallée de Nakhlah, ils entendirent le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — accomplir la prière de l’aube dans cette vallée et réciter le Coran.
Ils tendirent l’oreille et dirent : « Écoutez attentivement ! » et certains ajoutèrent : « Au contraire, le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a reçu l’ordre d’avertir… »