« Vous avez dissipé vos biens et vos jouissances » : c’est-à-dire que vous avez joui, dans ce bas-monde, de tout ce qu’il y avait de savoureux et de licite, et que vous avez suivi les passions et les plaisirs, c’est-à-dire les désobéissances.
« Aujourd’hui, vous serez rétribués par le châtiment de l’avilissement » : autrement dit, par un châtiment d’opprobre et de honte.
Mujâhid a dit : al-hûn signifie al-hawân (l’abaissement).
Qatâda : c’est l’expression employée par les Quraysh.
« pour avoir été arrogants sur terre sans droit » : c’est-à-dire que vous avez voulu devancer et dominer les habitants de la terre sans aucun mérite.
« et pour avoir été des dévoyés » : à cause de vos actes entachés de rébellion et d’injustice.
On a encore dit : « Vous avez dissipé vos biens et vos jouissances », c’est-à-dire : vous avez consumé votre jeunesse dans la mécréance et la désobéissance.
Ibn Baḥr a dit : les « biens et jouissances » désignent la jeunesse et la vigueur, conformément à l’expression : « dhahaba aṭyabāhu » – ses plus belles années et sa force se sont envolées.
Al-Mâwardî : j’ai trouvé que al-Ḍaḥḥâk l’a également affirmé.
Je (l’auteur) dis : la première opinion est la plus évidente.
Al-Ḥasan rapporte d’al-Aḥnaf b. Qays qu’il entendit ʿUmar b. al-Khaṭṭâb – qu’Allah l’agrée – dire : « Je connais, moi aussi, la facilité de la vie ; si je l’avais voulu, j’aurais fait servir foies grillés, ṣilâʾ, ṣinâb et ṣalâʾiq ; mais je préfère préserver mes bonnes actions, car Allah – Puissant et Majestueux – a décrit des gens en disant : “Vous avez dissipé vos biens et vos jouissances dans votre vie d’ici-bas et vous en avez profité.” »
Abû ʿUbayd, à propos de ce ḥadith de ʿUmar, a rapporté : « Si je l’avais voulu, j’aurais invité à des ṣalâʾiq, du ṣinâb, des karâkir et des bosses (de chameau). »
Dans une autre variante : « … et des aflâdh. »
Abû ʿAmr et d’autres ont dit :
– al-ṣilâʾ (avec allongement et kasra) désigne la viande rôtie, ainsi nommée parce qu’elle est exposée (yuṣlâ) au feu ;
– al-ṣilâʾ signifie aussi le fait d’être brûlé par le feu ; si l’on ouvre la ṣâd, on abrège et l’on dit : ṣalâ al-nâr ;
– al-ṣinâb : les sauces confectionnées à base de moutarde et de raisins secs.
Abû ʿAmr a dit : pour cette raison on appelle le bardot « ṣinâbî », la couleur de sa robe rappelant celle de cette préparation.
Il a dit encore : as-salâʾiq (avec sîn) est ce que l’on fait bouillir – légumes et autres.
D’autres ont dit : il s’agit de aṣ-ṣalâʾiq, avec ṣâd.
Jarîr a dit :
Tu veux que je vive à la manière des fils de Zaïd,
Mais où trouverai-je salâʾiq et ṣinâb ? (1)
As-ṣalâʾiq : pains fins, larges et souples – cette signification a déjà été mentionnée dans (al-Aʿrâf).
Quant aux karâkir, ce sont les « karâkir » des chameaux ; le singulier est kərkira, terme bien connu, ainsi que l’a affirmé Abû ʿUbayd.
Dans al-Ṣiḥâḥ : al-kirkira est la meule de la poitrine du chameau ; c’est l’une des cinq « nafathât ».
Al-kirkira désigne aussi une assemblée de