Paroles du Très-Haut :
« Et celui qui dit à ses père et mère : “Fi ! à vous deux ; me promettez-vous que je serai fait sortir” », c’est-à-dire : ressuscité, « alors que tant de générations sont passées avant moi ».
Selon la lecture de Nāfiʿ, Ḥafṣ et d’autres, on prononce « ʾuffin » avec kasra et tanwīn. Ibn Kathīr, Ibn Muḥayṣin, Ibn ʿĀmir et al-Mufaḍḍal, d’après ʿĀṣim, le lisent avec fatḥa sans tanwīn. Les autres le lisent avec kasra sans tanwīn. Toutes ces formes relèvent de dialectes déjà mentionnés dans la sourate « Banî Isrâʾîl »[1].
La lecture courante vocalise « ʾataʿidānini » avec deux nūn allégés. Les habitants de Médine et de La Mecque ouvrent la yāʾ, les autres la rendent muette. Abū Ḥaywah, al-Mughīra et Hishām lisent « ʾataʿidānnī » avec un seul nūn redoublé ; il en est ainsi dans les maṣāḥif des gens du Shām.
Pour « an ukhraja », la majorité met ḍamma sur le hamza et fatḥa sur le rāʾ ; al-Ḥasan, Naṣr, Abū l-ʿĀliya, al-Aʿmash et Abū Maʿmar lisent avec fatḥa sur le hamza et ḍamma sur le rāʾ.
Ibn ʿAbbās, as-Suddi, Abū l-ʿĀliya et Mujāhid ont dit : le verset fut révélé à propos de ʿAbd Allāh ibn Abī Bakr – qu’Allah les agrée –, ses parents l’appelant à l’Islam tandis qu’il leur répondait par les paroles qu’Allah a rapportées.
Qatāda et as-Suddi ont également affirmé qu’il s’agit de ʿAbd ar-Raḥmān ibn Abī Bakr avant son Islam ; son père et sa mère, Umm Rumān, l’invitaient à l’Islam et lui promettaient la Résurrection ; il leur rétorquait ce qu’Allah – Exalté – a relaté, et cela eut lieu avant sa conversion. Il est rapporté que ʿĀʾisha – qu’Allah l’agrée – contesta que le verset concerne ʿAbd ar-Raḥmān.
Al-Ḥasan et Qatāda ont encore dit : il décrit tout serviteur mécréant, rebelle envers ses parents.
Az-Zajjāj a déclaré : comment prétendre qu’il fut révélé à propos de ʿAbd ar-Raḥmān avant son Islam alors qu’Allah – Exalté – dit : « Ceux-là sur qui la Parole s’est réalisée parmi des communautés », c’est-à-dire la condamnation, laquelle implique nécessairement l’absence de foi, tandis que ʿAbd ar-Raḥmān compte parmi les éminents croyants ; l’avis correct est donc qu’il concerne un serviteur mécréant et déloyal envers ses parents.
Muḥammad ibn Ziyād raconte : Muʿāwiya écrivit à Marwān ibn al-Ḥakam pour qu’il fasse prêter serment aux gens en faveur de Yazīd. ʿAbd ar-Raḥmān ibn Abī Bakr s’exclama : « Voilà que vous l’introduisez à la manière d’Héraclius[2] ! Voulez-vous faire prêter allégeance à vos fils ? » Marwān répondit : « Il est celui à propos duquel Allah a dit : “Et celui qui dit à ses père et mère : Fi à vous deux…” ». ʿAbd ar-Raḥmān répliqua : « Par Allah, ce n’est pas de lui qu’il s’agit ; si je voulais, je le nommerais. Seulement, Allah a maudit ton père alors que tu étais encore dans ses reins ; tu n’es qu’un fragment[3] de la malédiction d’Allah. »
Al-Mahdawî dit : pour celui qui considère que le verset vise ʿAbd ar-Raḥmān, la suite « Ceux-là sur qui la Parole s’est réalisée… » s’applique également.
[1] C’est-à-dire la sourate al-Isrâʾ.
[2] Allusion au mode de succession héréditaire byzantin.
[3] Litt. : « un éclat », c.-à-d. une parcelle.