Ibn ʿAbbās rapporte :
Lorsque l’épreuve se fit plus dure pour les compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue —, celui-ci vit en songe qu’il émigrait vers une contrée dotée de palmiers, d’arbres et d’eau. Il raconta cette vision à ses Compagnons, qui s’en réjouirent et y virent une issue à ce qu’ils enduraient des vexations des polythéistes. Mais ils demeurèrent quelque temps sans que rien ne se produise. Ils dirent alors : « Ô Messager d’Allah, quand émigrerons-nous vers la terre que tu as vue ? » Le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — garda le silence, et Allah — Très-Haut — fit descendre : « Je ne sais pas ce qu’il sera fait de moi ni de vous » ; c’est-à-dire : je ne sais pas si je sortirai vers l’endroit que j’ai vu en rêve ou non.
Puis il ajouta : « Ce n’est qu’une chose que j’ai vue en songe ; je ne fais que suivre ce qui m’est révélé », c’est-à-dire : il ne m’a pas été révélé ce dont je vous ai informés.
Al-Qushayrī a dit : selon cela, il n’y a point d’abrogation dans le verset.
On a également avancé que le sens est : je ne sais pas quelles obligations me seront imposées, à moi et à vous.
At-Ṭabarī a retenu comme sens : je ne sais pas à quoi aboutira ma situation et la vôtre ici-bas : croirez-vous ou nierez-vous ? Serez-vous châtiés immédiatement ou bénéficierez-vous d’un délai ?
Je dis : c’est là le sens des paroles d’al-Ḥasan, d’as-Suddi et d’autres.
Al-Ḥasan a dit : « Je ne sais pas ce qu’il sera fait de moi ni de vous dans ce monde. Quant à l’Au-delà, à Allah ne plaise ! Il savait assurément qu’il serait au Paradis depuis qu’Il prit de lui l’engagement parmi les Messagers. Mais il a dit (1) : “Je ne sais pas ce qu’il sera fait de moi dans ce monde : serai-je contraint à l’exil comme le furent les prophètes avant moi, ou serai-je tué comme furent tués les prophètes avant moi ? Et je ne sais pas ce qu’il sera fait de vous : serez-vous ma communauté qui atteste (la vérité) ou qui la renie ? Serez-vous ma communauté lapidée du ciel, ou celle qu’Allah fera engloutir par la terre ?” »
Par la suite fut révélé : « C’est Lui qui a envoyé Son Messager avec la guidée et la religion de vérité afin de la faire triompher sur toute religion » (2) [At-Tawba : 33] — c’est-à-dire qu’Il fera triompher sa religion sur toutes les religions.
Puis Il dit au sujet de sa communauté : « Allah n’allait pas les châtier tant que tu es parmi eux » (3) [Al-Anfāl : 33].
Ainsi, le Très-Haut l’informa de ce qu’Il ferait de lui et de sa communauté ; et il n’y a, dans tout cela, aucune abrogation. Louange à Allah.
Ad-Ḍaḥḥāk a également dit : « Je ne sais pas ce qu’il sera fait de moi ni de vous » — c’est-à-dire : ce qui vous sera ordonné et ce qui vous sera interdit.
On a encore avancé que le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — a été enjoint de dire aux croyants : « Je ne sais pas ce qu’il sera fait de moi ni de vous au Jour de la Résurrection », puis Allah — Très-Haut — expliqua cela dans Sa parole : « … afin qu’Allah te pardonne tes péchés passés et à venir… » [Al-Fath : 2], et, plus loin, Il exposa la situation des croyants, puis celle des mécréants.
Je dis : tel est le sens de la première opinion, sauf que le terme « naskh » y est employé au sens d’« explication » ; il signifie qu’il lui a été ordonné de dire cela aux croyants. L’avis correct est celui que nous avons rapporté d’al-Ḥasan et d’autres.
Quant à la particule « mâ » dans l’expression « mâ yufʿalu », il se peut que