Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

« Pardonnez-leur : ils pardonneront » ; le verbe « yaghfirû » constitue, selon ʿAlî b. ʿÎsâ – avis qu’adopte également Ibn al-ʿArabî –, la réponse à un impératif sous-entendu que le contexte laisse deviner.

Le verset fut révélé lorsqu’un homme des Quraychites injuria ʿUmar b. al-Khaṭṭâb, lequel était sur le point de le frapper. Ibn al-ʿArabî affirme toutefois que ce récit n’est pas authentique. Al-Wâḥidî, al-Qushayrî et d’autres rapportent d’Ibn ʿAbbâs que la révélation concerna ʿUmar et ʿAbd Allâh b. Ubayy lors de l’expédition de Banû al-Muṣṭaliq : ils avaient fait halte près d’un puits nommé « al-Muraysîʿ ». ʿAbd Allâh envoya son serviteur y puiser de l’eau ; celui-ci tarda à revenir. « Qu’est-ce qui t’a retenu ? », demanda-t-il. Le serviteur répondit : « Le domestique de ʿUmar b. al-Khaṭṭâb s’est assis à l’orifice du puits ; il n’a laissé personne puiser avant d’avoir rempli les outres du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue –, celles d’Abû Bakr, puis l’outre de son maître, ʿUmar. »

ʿAbd Allâh s’exclama alors : « Notre sort avec ces gens ressemble au dicton : “Nourris ton chien, il te dévorera.” » Lorsque ces propos parvinrent à ʿUmar – qu’Allah l’agrée –, il ceignit son épée, décidé à le tuer ; Allah révéla alors ce verset. Tel est le récit d’ʿAṭâʾ d’après Ibn ʿAbbâs.

Maimûn b. Mihrân rapporte d’Ibn ʿAbbâs : après la révélation du verset « Qui donc fera à Allah un prêt sincère ? » (al-Baqarah, 245)¹, un Juif de Médine, nommé Finḥâṣ, s’écria : « Le Seigneur de Muḥammad aurait-il besoin d’argent ? » Lorsque ʿUmar l’apprit, il ceignit son épée et partit à sa recherche. Jibrîl – sur lui la paix – vint alors auprès du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue – et lui dit :
« Ton Seigneur t’ordonne : Dis aux croyants de pardonner à ceux qui n’espèrent pas les Jours d’Allah. »
Il ajouta : « Sache qu’ʿUmar s’est déjà muni de son épée et est parti à la poursuite du Juif. » Le Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue – envoya donc quelqu’un pour le rattraper. Lorsqu’ʿUmar revint, le Prophète lui dit : « Ô ʿUmar, dépose ton épée. » ʿUmar répondit : « Ô Messager d’Allah, tu dis vrai ; j’atteste que tu as été envoyé avec la Vérité. » Le Prophète ajouta : « Car ton Seigneur dit : Dis aux croyants de pardonner à ceux qui n’espèrent pas les Jours d’Allah. » ʿUmar répondit : « Qu’il n’en soit plus ainsi ! Par Celui qui t’a envoyé avec la Vérité, tu ne verras plus de colère sur mon visage. »

Je [l’auteur] dis : le point de vue rapporté par al-Mahdawî et an-Naḥḥâs correspond à la version d’al-Ḍaḥḥâk d’après Ibn ʿAbbâs ; c’est également l’opinion d’al-Quraẓî et d’as-Suddi, et c’est sur elle que se fonde l’avis affirmant l’abrogation du verset. Ceux qui estiment que la révélation eut lieu à Médine ou durant l’expédition de Banû al-Muṣṭaliq ne le considèrent cependant pas comme abrogé.

Le sens de « yaghfirû » est : qu’ils pardonnent et passent l’éponge. Quant à « ceux qui n’espèrent pas les Jours d’Allah », c’est-à-dire qu’ils n’attendent pas Sa récompense. D’autres disent : qu’ils ne redoutent pas le châtiment ni la vengeance d’Allah. On a encore avancé que le terme « rajâʾ » (espoir) signifie ici « crainte », comme dans la parole divine : « Qu’avez-vous donc à ne pas redouter la majesté d’Allah ? » (Nûḥ, 13)², c’est-à-dire : à ne pas craindre Sa grandeur. Le sens est donc : « vous ne craignez pas… »³

¹ al-Baqarah, 245.
² Nûḥ, 13.
³ Fin de la phrase dans la page suivante.

لَهُمُ اغْفِرُوا يَغْفِرُوا، فَهُوَ جَوَابُ أَمْرٍ مَحْذُوفٍ دَلَّ الْكَلَامُ عَلَيْهِ، قَالَهُ عَلِيُّ بْنُ عِيسَى وَاخْتَارَهُ ابْنُ الْعَرَبِيِّ. وَنَزَلَتِ الْآيَةُ بِسَبَبِ أَنَّ رَجُلًا مِنْ قُرَيْشٍ شَتَمَ عُمَرَ بْنَ الْخَطَّابِ فَهَمَّ أَنْ يَبْطِشَ بِهِ. قَالَ ابْنُ الْعَرَبِيِّ: وَهَذَا لَمْ يَصِحْ. وَذَكَرَ الْوَاحِدِيُّ وَالْقُشَيْرِيُّ وَغَيْرُهُمَا عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ أَنَّ الْآيَةَ نَزَلَتْ فِي عُمَرَ مَعَ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ أُبَيٍّ فِي غَزْوَةِ بَنِي الْمُصْطَلِقِ، فَإِنَّهُمْ نَزَلُوا عَلَى بِئْرٍ يُقَالُ لَهَا " الْمُرَيْسِيعُ" فَأَرْسَلَ عَبْدُ اللَّهِ غُلَامَهُ لِيَسْتَقِيَ، وَأَبْطَأَ عَلَيْهِ فَقَالَ: مَا حَبَسَكَ؟ قَالَ: غُلَامُ عُمَرَ بْنِ الْخَطَّابِ قَعَدَ عَلَى فَمِ الْبِئْرِ، فَمَا تَرَكَ أَحَدًا يَسْتَقِي حَتَّى مَلَأَ قِرَبَ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ وَقِرَبَ أَبِي بَكْرٍ، وَمَلَأَ لِمَوْلَاهُ. فَقَالَ عَبْدُ اللَّهِ: مَا مَثَلُنَا وَمَثَلُ هَؤُلَاءِ إِلَّا كَمَا قِيلَ: سَمِّنْ كَلْبَكَ يَأْكُلْكَ. فَبَلَغَ عُمَرَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ قَوْلُهُ، فَاشْتَمَلَ عَلَى سَيْفِهِ يُرِيدُ التَّوَجُّهَ إِلَيْهِ لِيَقْتُلَهُ، فَأَنْزَلَ اللَّهُ هَذِهِ الْآيَةَ. هَذِهِ رِوَايَةُ عَطَاءٍ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ. وَرَوَى عَنْهُ مَيْمُونُ بْنُ مِهْرَانَ قَالَ: لَمَّا نَزَلَتْ " مَنْ ذَا الَّذِي يُقْرِضُ اللَّهَ قَرْضاً حَسَناً" «١» [البقرة: ٢٤٥] قَالَ يَهُودِيٌّ بِالْمَدِينَةِ يُقَالُ لَهُ فِنْحَاصٌ: احْتَاجَ رَبُّ مُحَمَّدٍ! قَالَ: فَلَمَّا سَمِعَ عُمَرُ بِذَلِكَ اشْتَمَلَ عَلَى سَيْفِهِ وَخَرَجَ فِي طَلَبِهِ، فَجَاءَ جِبْرِيلُ عَلَيْهِ السَّلَامُ إِلَى النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَقَالَ: (إِنَّ رَبَّكَ يَقُولُ لَكَ قُلْ لِلَّذِينَ آمَنُوا يَغْفِرُوا لِلَّذِينَ لَا يَرْجُونَ أَيَّامَ اللَّهِ) . وَاعْلَمْ أَنَّ عُمَرَ قَدِ اشْتَمَلَ عَلَى سَيْفِهِ وَخَرَجَ فِي طَلَبِ الْيَهُودِيِّ، فَبَعَثَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ في طَلَبِهِ، فَلَمَّا جَاءَ قَالَ: (يَا عُمَرُ، ضَعْ سَيْفَكَ) قَالَ: يَا رَسُولَ اللَّهِ، صَدَقْتَ. أَشْهَدُ أَنَّكَ أُرْسِلْتَ بِالْحَقِّ. قَالَ: (فَإِنَّ رَبَّكَ يَقُولُ قُلْ لِلَّذِينَ آمَنُوا يَغْفِرُوا لِلَّذِينَ لَا يَرْجُونَ أَيَّامَ اللَّهِ) قَالَ: لَا جَرَمَ! وَالَّذِي بَعَثَكَ بِالْحَقِّ لَا تَرَى الْغَضَبَ فِي وَجْهِي. قُلْتُ: وَمَا ذَكَرَهُ الْمَهْدَوِيُّ وَالنَّحَّاسُ فَهُوَ رِوَايَةُ الضَّحَّاكِ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ، وَهُوَ قَوْلُ الْقُرَظِيِّ وَالسُّدِّيِّ، وَعَلَيْهِ يَتَوَجَّهُ النَّسْخُ فِي الْآيَةِ. وَعَلَى أَنَّ الْآيَةَ نَزَلَتْ بِالْمَدِينَةِ أَوْ فِي غَزْوَةِ بَنِي الْمُصْطَلِقِ فَلَيْسَتْ بِمَنْسُوخَةٍ. وَمَعْنَى " يَغْفِرُوا" : يَعْفُوا وَيَتَجَاوَزُوا. وَمَعْنَى " لَا يَرْجُونَ أَيَّامَ اللَّهِ" : أَيْ لَا يَرْجُونَ ثَوَابَهُ. وَقِيلَ: أَيْ لَا يَخَافُونَ بَأْسَ اللَّهِ وَنِقَمَهُ. وَقِيلَ: الرَّجَاءُ بِمَعْنَى الْخَوْفِ، كَقَوْلِهِ: " ما لَكُمْ لا تَرْجُونَ لِلَّهِ وَقاراً" «٢» [نوح: ١٣] أَيْ لَا تَخَافُونَ لَهُ عَظَمَةً. وَالْمَعْنَى: لَا تخشون «٣»
(١). آية ٢٤٥ سورة البقرة. (٢). آية ١٣ سورة نوح. (٣). في ك: لا تخافون.

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