Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

C’est la grue.

Al-Harawî a dit – et al-Qushayrî partage cet avis – qu’il est possible que l’expression « rahwan » qualifie Mûsâ : « avance paisiblement, à ton aise ». Dans cette hypothèse, le terme s’applique à Mûsâ et à son peuple, non à la mer. D’après la première opinion, au contraire, il décrit la mer : « Laisse-la calme, telle qu’elle s’est fendue ; ne lui ordonne pas de se refermer avant que Pharaon et ses troupes n’y pénètrent. »

Qatâdah rapporte que, lorsqu’il eut traversé, Mûsâ voulut frapper la mer de son bâton pour qu’elle se rejoigne, craignant la poursuite de Pharaon ; il lui fut alors adressé cet ordre.

On a également dit que « ar-rahw » ne signifie pas « calme », mais l’ouverture entre deux choses ; l’on dit : « rahâ mâ bayna r-rijlayn », c’est-à-dire : il a écarté ce qui se trouve entre les deux jambes. Ainsi, « rahwan » signifie : « béant, largement ouvert ».

Al-Layth déclare : ar-rahw est une marche tranquille ; on dit : « rahâ yarhû rahwan » ; on qualifie alors la personne de « râhin ». Une « vie râh » est paisible et sereine. « Accomplis cela, sans te hâter, rahwan » signifie : calmement, sans violence. Nous l’avons mentionné plus haut.

« Certes, eux », c’est-à-dire Pharaon et son peuple, « sont une armée destinée à la noyade ». Mûsâ en fut informé afin que son cœur s’apaise.

[Sourate ad-Dukhân (44), versets 25-27]
« Combien ont-ils laissé derrière eux de jardins et de sources,
de champs et d’honorables demeures,
et de bienfaits au sein desquels ils vivaient dans l’agrément ! »

Parole du Très-Haut : « Combien ont-ils laissé de jardins et de sources, de champs et d’honorables demeures. » Le terme « kam » marque ici l’abondance. Nous avons exposé en détail le sens de ce verset dans la sourate « Les Poètes » [ash-Shuʿarâʾ][1].

« Et de bienfaits au sein desquels ils jouissaient de l’agrément. »
Le mot « niʿma » (avec la nûn ouverte) désigne la jouissance et la douceur de vivre ; on dit : « Allâh l’a comblé de bienfaits (naʿʿama-hu Allâh), Il l’a gratifié d’abondance, si bien qu’il vit dans la volupté (tanʿaʿama). » On dit d’une femme qu’elle est « munʿaʿama » ou « munâʿama » au même sens. Quant à « niʿma » (avec la nûn brisée), il signifie la faveur, le bienfait accordé, la grâce conférée ; de même « an-nuʿmâ ».

Si tu ouvres la nûn en l’allongeant, tu diras : « an-naʿmâʾ ». « an-Naʿîm » a le même sens. On dit : « Un tel jouit d’une large niʿma », c’est-à-dire d’une grande richesse ; tout cela d’après al-Jawharî.

Ibn ʿUmar a dit : par « niʿma » il faut entendre le Nil d’Égypte.
Ibn Lahîʿah : le Fayoum.
Ibn Ziyâd : la terre d’Égypte, en raison de l’abondance de ses biens.
D’autres ont dit : la prospérité et le confort dont ils jouissaient.

On emploie aussi les deux formes « niʿma » et « naʿma » (nûn brève, tantôt brisée, tantôt ouverte), comme l’a rapporté al-Mâwardî. Il précise deux distinctions :

  1. Selon an-Naḍr b. Shumayl, la forme avec kasrah concerne la royauté, tandis que celle avec fatḥa renvoie au corps et à la religion.
  2. Selon Ibn Ziyâd, la forme avec kasrah dérive de la « minna », c’est-à-dire la faveur, le don ; celle avec fatḥa provient de « tanʿîm », c’est-à-dire l’aisance et le repos.

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[1] Voir Tafsîr de la sourate « ash-Shuʿarâʾ », verset 57 et suivants.

هُوَ الْكُرْكِيُّ. قَالَ الْهَرَوِيُّ: وَيَجُوزُ أَنْ يَكُونَ " رَهْواً" مِنْ نَعْتِ مُوسَى- وَقَالَهُ الْقُشَيْرِيُّ- أَيْ سِرْ سَاكِنًا عَلَى هَيِّنَتِكَ، فَالرَّهْوُ مِنْ نَعْتِ مُوسَى وَقَوْمِهِ لَا مِنْ نَعْتِ الْبَحْرِ، وَعَلَى الْأَوَّلِ هُوَ مِنْ نَعْتِ الْبَحْرِ، أَيِ اتْرُكْهُ سَاكِنًا كَمَا هُوَ قَدِ انْفَرَقَ فَلَا تَأْمُرْهُ بِالِانْضِمَامِ حَتَّى يَدْخُلَ فِرْعَوْنُ وَقَوْمُهُ. قَالَ قَتَادَةُ: أَرَادَ مُوسَى أَنْ يَضْرِبَ الْبَحْرَ لَمَّا قَطَعَهُ بِعَصَاهُ حَتَّى يَلْتَئِمَ، وَخَافَ أَنْ يَتْبَعَهُ فِرْعَوْنُ فَقِيلَ لَهُ هَذَا. وَقِيلَ: لَيْسَ الرَّهْوُ مِنَ السُّكُونِ بَلْ هُوَ الْفُرْجَةُ بَيْنَ الشَّيْئَيْنِ، يُقَالُ: رَهَا مَا بَيْنَ الرِّجْلَيْنِ أَيْ فُرِجَ. فَقَوْلُهُ: " رَهْواً" أي منفرجا. وقال الليث: الرهو ومشي فِي سُكُونٍ، يُقَالُ: رَهَا يَرْهُو رَهْوًا فَهُوَ رَاهٍ. وَعَيْشٌ رَاهٍ: وَادِعٌ خَافِضٌ. وَافْعَلْ ذَلِكَ سَهْوًا رَهْوًا، أَيْ سَاكِنًا بِغَيْرِ شِدَّةٍ. وَقَدْ ذَكَرْنَاهُ آنِفًا. " إِنَّهُمْ" أَيْ إِنَّ فِرْعَوْنَ وَقَوْمَهُ. " جُنْدٌ مُغْرَقُونَ" أُخْبِرَ مُوسَى بِذَلِكَ لِيَسْكُنَ قَلْبُهُ. [سورة الدخان (٤٤) : الآيات ٢٥ الى ٢٧] كَمْ تَرَكُوا مِنْ جَنَّاتٍ وَعُيُونٍ (٢٥) وَزُرُوعٍ وَمَقامٍ كَرِيمٍ (٢٦) وَنَعْمَةٍ كانُوا فِيها فاكِهِينَ (٢٧) قَوْلُهُ تَعَالَى: " كَمْ تَرَكُوا مِنْ جَنَّاتٍ وَعُيُونٍ. وَزُرُوعٍ وَمَقامٍ كَرِيمٍ" " كم" للتكثير. وَقَدْ مَضَى الْكَلَامُ فِي مَعْنَى هَذِهِ الْآيَةِ فِي " الشُّعَرَاءِ" مُسْتَوْفًى «١» . " وَنَعْمَةٍ كانُوا فِيها فاكِهِينَ" النَّعْمَةُ (بِالْفَتْحِ) التَّنْعِيمُ، يُقَالُ: نَعَّمَهُ اللَّهُ وَنَاعَمَهُ فَتَنَعَّمَ. وَامْرَأَةٌ مُنَعَّمَةٌ وَمُنَاعَمَةٌ، بِمَعْنًى. وَالنِّعْمَةُ (بِالْكَسْرِ) الْيَدُ وَالصَّنِيعَةُ وَالْمِنَّةُ وَمَا أَنْعَمَ بِهِ عَلَيْكَ. وَكَذَلِكَ النُّعْمَى. فَإِنْ فَتَحْتَ النُّونَ مَدَدْتَ وَقُلْتَ: النَّعْمَاءُ. وَالنَّعِيمُ مِثْلُهُ. وَفُلَانٌ وَاسِعُ النَّعْمَةِ، أَيْ وَاسِعُ الْمَالِ، جَمِيعُهُ عَنِ الْجَوْهَرِيِّ. وَقَالَ ابْنُ عُمَرَ: الْمُرَادُ بِالنَّعْمَةِ نِيلُ مِصْرَ. ابْنُ لَهِيعَةَ: الْفَيُّومُ. ابْنُ زِيَادٍ: أَرْضُ مِصْرَ لِكَثْرَةِ خَيْرِهَا. وَقِيلَ: مَا كَانُوا فِيهِ مِنَ السَّعَةِ وَالدَّعَةِ. وَقَدْ يُقَالُ: نِعْمَةٌ وَنَعْمَةٌ (بِفَتْحِ النُّونِ وَكَسْرِهَا) ، حَكَاهُ الْمَاوَرْدِيُّ. قَالَ: وَفِي الْفَرْقِ بَيْنَهُمَا وَجْهَانِ: أَحَدُهُمَا- أَنَّهَا بِكَسْرِ النُّونِ فِي الْمُلْكِ، وَبِفَتْحِهَا فِي الْبَدَنِ وَالدِّينِ، قَالَهُ النَّضْرُ بْنُ شُمَيْلٍ. الثَّانِي- أَنَّهَا بِالْكَسْرِ مِنَ الْمِنَّةِ وَهُوَ الْإِفْضَالُ وَالْعَطِيَّةُ، وَبِالْفَتْحِ مِنَ التَّنْعِيمِ وَهُوَ سَعَةُ الْعَيْشِ والراحة، قاله ابن زياد.
(١). راجع ج ١٣ ص ١٠٢ وما بعدها. [ ..... ]

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