monté sur un chameau récalcitrant. Je lui dis alors :
— Abā Jaʿfar ! Ne crains-tu pas qu’il te jette à terre ?
Il répondit : « Le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — a dit :
“Sur la bosse de chaque chameau se tient un démon ; lorsque vous les montez, invoquez le Nom d’Allah comme Il vous l’a prescrit, puis mettez-les à votre service, car c’est Allah, en vérité, qui transporte.” »
ʿAlī b. Rabīʿah rapporte : « J’ai vu un jour ʿAlī b. Abī Ṭālib enfourcher une monture. Lorsqu’il mit le pied à l’étrier, il dit : “Au Nom d’Allah.” Quand il fut assis, il dit : “Louange à Allah”, puis il récita :
« Gloire à Celui qui nous a soumis ceci, alors que nous n’étions pas capables de le dominer. Et certes, nous retournerons vers notre Seigneur. »
Ensuite il ajouta : “Louange à Allah ! Allah est plus Grand”, à trois reprises, puis : “Ô Allah, nul dieu en dehors de Toi. Je me suis fait du tort à moi-même ; pardonne-moi, car nul ne pardonne les péchés si ce n’est Toi.”
Il se mit alors à rire. Je lui demandai : — Qu’est-ce qui te fait rire ?
Il répondit : « J’ai vu le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — agir comme je viens de le faire et prononcer ce que je viens de dire. Puis il a ri et je lui ai demandé : “Qu’est-ce qui te fait rire, ô Messager d’Allah ?” Il dit :
“Le serviteur — ou il dit : c’est chose étonnante pour un serviteur — qui prononce : ‘Ô Allah, nul dieu en dehors de Toi ; je me suis fait du tort à moi-même, pardonne-moi, car nul ne pardonne les péchés en dehors de Toi’, tout en sachant que nul ne pardonne les péchés…”. »
Ce ḥadīth a été rapporté par Abū Dāwūd al-Ṭayālisī dans son Musnad, ainsi que par Abū ʿAbd Allah Muḥammad b. Khuwayz Mandād dans ses Aḥkām. Al-Thaʿlabī en a également cité une version abrégée d’après ʿAlī — qu’Allah l’agrée — dont voici le libellé :
« Lorsque le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — plaçait son pied à l’étrier, il disait : “Au Nom d’Allah.” Lorsqu’il était assis, il disait : “Louange à Allah en toute circonstance : ‘Gloire à Celui qui nous a soumis ceci, alors que nous n’étions pas capables de le dominer, et c’est vers notre Seigneur que nous retournerons.’” Et lorsque vous descendez des vaisseaux ou des montures, dites : “Ô Allah, fais-nous débarquer en un lieu béni, et Tu es le Meilleur des hôtes.” »
Ibn Abī Najīḥ rapporte de Mujāhid : « Quiconque monte sans dire : ‘Gloire à Celui qui nous a soumis ceci, alors que nous n’étions pas capables de le dominer’, le diable lui dit : “Chante !” ; et s’il ne sait pas chanter, il lui dit : “Souhaite !” » — récit mentionné par al-Naḥḥās.
Qu’il cherche donc protection auprès d’Allah contre la situation de celui qui dit à ses compagnons : « Venez, allons nous divertir à cheval ou en barque », puis qui montent en emportant outres de vin et instruments de musique ; ils ne cessent de boire jusqu’à ce que leur moût les écœure, tandis qu’ils sont encore sur le dos des bêtes ou dans les flancs des navires qui les emportent. Ils n’évoquent alors que Satan et n’obéissent qu’à ses ordres.
Az-Zamakhsharī dit : « Il m’est parvenu que l’un des sultans voyagea à cheval, buvant du vin, d’une ville à une autre distante d’un mois de marche ; il ne reprit ses esprits qu’une fois installé, sans s’être rendu compte du trajet ni l’avoir ressenti. Quelle distance entre l’acte de ces cavaliers et ce qu’Allah a prescrit dans ce verset ! »