au moyen d’un qirn – c’est-à-dire une corde – et il la lia fermement avec celle-ci, la serrant solidement.
Le second avis veut qu’il soit dérivé de la « muqârana » (l’association), c’est-à-dire le fait d’atteler certaines bêtes à d’autres lorsqu’elles cheminent. On dit : « J’ai qarantu telle chose à telle autre » lorsque je l’y ai attachée et l’ai faite compagne de celle-ci.
Cinquièmement — Allah, exalté soit-Il, nous a enseigné ce que nous devons dire lorsque nous montons nos montures, et, dans un autre verset, par la langue de Noé — que la paix soit sur lui — Il nous a appris ce que nous devons dire quand nous embarquons sur les navires, dans Sa parole :
« Et il dit : “Embarquez-y ; que son départ et son mouillage se fassent au Nom d’Allah. Mon Seigneur est, certes, Pardonneur, Très Miséricordieux.” »¹ (Hûd, 41).
Combien de cavaliers dont la monture a trébuché, s’est cabrée, s’est jetée à l’obstacle² ou les a fait chuter de son dos, si bien qu’ils ont péri³ ! Et combien de passagers dont le navire s’est brisé et qui se sont noyés ! Puisque monter relève d’un acte périlleux et qu’il met en prise directe avec des causes possibles de destruction, il a été ordonné de ne pas oublier, au moment même où l’on monte, le souvenir de son jour ultime ; de se rappeler qu’inéluctablement on périra, que l’on retournera vers Allah — exalté soit-Il — et qu’il est impossible d’échapper à Son décret. Qu’il ne cesse d’évoquer cela, de cœur et de langue, jusqu’à être prêt à rencontrer Allah en s’étant réformé lui-même, et qu’il se garde de l’éventualité que cette chevauchée soit, dans la science d’Allah, l’une des causes de sa mort alors qu’il s’en trouverait insouciant.
Sulaymân ibn Yasâr rapporta qu’un groupe de voyageurs, quand ils montaient, disaient : « Gloire à Celui qui nous a soumis ceci, alors que nous n’étions pas capables de le dominer. » Parmi eux se trouvait un homme juché sur une chamelle « râzim » — c’est-à-dire si maigre qu’elle se déplace à peine⁴. Il déclara : « Quant à moi, je la maîtrise parfaitement ! » La chamelle fit alors un écart et lui brisa la nuque. On rapporte aussi qu’un Bédouin monta un jeune chameau en disant : « Je le maîtrise parfaitement ! » La bête partit au galop⁵, le jeta à terre et lui brisa le cou. Le premier récit est mentionné par al-Mâwardî, le second par Ibn al-ʿArabî.
Il n’appartient donc à aucun serviteur de délaisser cette invocation — même si la prononcer à voix haute n’est pas obligatoire. Qu’il la dise chaque fois qu’il monte, surtout en voyage, dès qu’il s’en souvient :
« Gloire à Celui qui nous a soumis ceci, alors que nous n’étions pas capables de le dominer. Et certes nous retournerons vers notre Seigneur ! Ô Allah, Tu es le Compagnon sur la route, le Protecteur auprès de la famille et des biens ; ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre les difficultés du voyage, la tristesse du retour, la dispersion après la cohésion, et la mauvaise apparence concernant la famille et les biens. » — Par « la dispersion après la cohésion » (al-jawru baʿda l-kawr) on vise le dérèglement des affaires d’un homme après qu’elles étaient réunies.
ʿAmr ibn Dînâr a dit : « Je me rendis avec Abû Jaʿfar vers une de ses terres, près d’un verger appelé Mudrika, et il monta… »