Onzième point —
Parole du Très-Haut :
« Et quiconque patiente et pardonne… »
C’est-à-dire : il patiente face au préjudice et « pardonne », autrement dit il renonce à se venger pour la Face d’Allâh — Très-haut. Cette prescription vise celui qu’un musulman a lésé.
On rapporte qu’un homme injuria un autre dans l’assemblée d’al-Ḥasan — qu’Allâh lui fasse miséricorde. L’injurié contenait sa colère, transpirait puis essuyait sa sueur. Enfin, il se leva et récita ce verset. Al-Ḥasan s’exclama : « Par Allâh, il l’a vraiment comprise, alors que les ignorants l’ont négligée ! »
En somme, le pardon est recommandé. Il peut cependant arriver, dans certaines situations, que l’inverse soit préférable : renoncer au pardon devient alors lui-même recommandé, comme on l’a vu plus haut, lorsqu’il s’agit d’enrayer une injustice grandissante et de tarir la source du mal. Un indice en est donné par la Sunna : Zaynab adressa des paroles offensantes à ʿÂʾishah — qu’Allâh les agrée — en présence du Prophète — paix et salut sur lui ; il la reprenait, mais elle ne cessait pas, si bien qu’il dit à ʿÂʾishah : « À toi de te défendre ! » — hadith rapporté par Muslim dans son Ṣaḥîḥ, selon ce sens.
D’aucuns ont expliqué « patience » par l’abstention des péchés et la dissimulation des défauts.
« Cela, certes, relève des décisions fermes » : c’est-à-dire des décisions fermes d’Allâh qu’Il a prescrites ; ou, selon une autre explication, des décisions fermes de la droiture auxquelles Il permet d’accéder.
Al-Kalbî et al-Farrâ’ rapportent que ce verset, ainsi que les trois précédents, ont été révélés au sujet d’Abû Bakr as-Ṣiddîq — qu’Allâh l’agrée : un Anṣârî l’avait injurié, il lui répondit puis se retint. Il s’agit là des passages médinois de cette sourate.
D’autres soutiennent que ces versets visent les polythéistes ; ils datent du début de l’islam, avant l’ordre de combattre, et furent abrogés ensuite par le verset du combat. Tel est l’avis d’Ibn Zayd, déjà cité.
Dans l’exégèse d’Ibn ʿAbbâs, « Et quiconque se défend après avoir été lésé » se rapporte à Ḥamzah b. ʿAbd al-Muṭṭalib, ʿUbaydah, ʿAlî et à tous les Muhâjirîn — qu’Allâh les agrée.
« Ceux-là ne seront pas blâmés » : il s’agit de Ḥamzah b. ʿAbd al-Muṭṭalib, ʿUbaydah et ʿAlî — qu’Allâh les agrée tous.
« La voie [de reproche] n’est ouverte que contre ceux qui oppriment les gens » : c’est-à-dire ʿUtbah b. Rabîʿah, Shaybah b. Rabîʿah, al-Walîd b. ʿUtbah, Abû Jahl, al-Aswad et tous ceux des polythéistes qui combattirent à Badr.
« et se rebellent sur terre » : par l’injustice et la mécréance.
« Ceux-là subiront un châtiment douloureux » : c’est-à-dire très pénible.
« Et quiconque patiente et pardonne » : il s’agit d’Abû Bakr, ʿUmar, Abû ʿUbaydah b. al-Jarrâḥ, Muṣʿab b. ʿUmayr et de tous les gens de Badr — qu’Allâh les agrée.
« Cela, certes, relève des décisions fermes » : ils acceptèrent la rançon et supportèrent le tort.
[Sûrat ash-Shûrâ, 42 : 44]
« Et quiconque Allâh égare n’aura, après Lui, aucun allié ; et tu verras les injustes, lorsqu’ils verront le châtiment, dire : “Existe-t-il une voie de retour ?” » (44).