Ad-Ḍaḥḥāk a dit : « Il s’agit de la consultation qu’ils tinrent lorsqu’ils apprirent la manifestation du Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue –, et que les naqabâ’1 se rendirent auprès d’eux, jusqu’à ce que leur décision, prise dans la demeure d’Abû Ayyûb, fût d’adhérer à la foi en lui et de le soutenir. D’aucuns ont dit : c’est leur concertation à propos de ce qui leur survient, de sorte que nul d’entre eux ne garde une information pour lui à l’exclusion des autres.
Ibn al-ʿArabî a déclaré : « La shûrâ est un lien d’union pour la communauté, une pierre de touche pour les intelligences, une voie menant à la justesse ; jamais des gens ne se sont consultés sans être guidés. »
Le sage a dit :
Lorsque l’avis requiert la consultation, ne tarde pas, obéis,
Au discernement d’un homme avisé ou d’un stratège aguerri ;
Ne tiens jamais la shûrâ pour une atteinte à ta valeur,
Car les plumes couvertes donnent aux ailes leur vigueur.
Ainsi Allah a loué la concertation dans les affaires en louant ceux qui s’y conformaient. Le Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – consultait en effet ses Compagnons sur les stratégies profitables à la guerre, et les exemples en sont nombreux ; mais il ne les consultait pas à propos des prescriptions légales, car celles-ci provenaient d’Allah et englobent toutes les catégories : obligation, recommandation, réprobation, permission et interdiction.
Quant aux Compagnons, après qu’Allah, Exalté soit-Il, l’eut rappelé à Lui, ils se concertèrent sur les jugements et les déduisirent du Livre et de la Sunna. Le premier sujet sur lequel ils se consultèrent fut le califat ; le Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – ne l’ayant pas désigné explicitement, il y eut, entre Abû Bakr et les Ansâr, ce qui a été exposé auparavant.
ʿUmar – qu’Allah l’agrée – dit : « Nous agréons, pour nos affaires d’ici-bas, celui que le Messager d’Allah a agréé pour notre religion. »
Ils se concertèrent au sujet des apostats, et l’avis d’Abû Bakr se fixa sur le combat ; ils se concertèrent au sujet du grand-père et de son héritage, ainsi qu’au sujet de la peine relative au vin et de son nombre de coups. De même, après le Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue –, ils se consultèrent pour les expéditions, au point que ʿUmar consulta al-Hurmuzân, lorsque celui-ci, devenu musulman, se présenta à lui à propos des campagnes militaires.
Al-Hurmuzân lui dit : « L’exemple de cette contrée et des gens qui s’y trouvent parmi les ennemis des musulmans est celui d’un oiseau couvert de plumes, pourvu de deux ailes et de deux pattes : si l’une des deux ailes est brisée, les deux pattes, l’autre aile et la tête se tiennent ; si l’autre aile est brisée, les deux pattes et la tête se tiennent ; mais si la tête est fracassée, les pattes et les deux ailes disparaissent. La tête, c’est Kisrâ ; l’une des ailes est César et l’autre, la Perse. Ordonne donc aux musulmans de marcher sur Kisrâ… », puis il rapporta la suite du récit.
Un homme de raison a dit : « Jamais je ne me suis trompé ! Quand une affaire me presse, je consulte mon peuple et j’agis selon leur avis ; si j’atteins juste, c’est eux qui ont vu juste, et si je me trompe, c’est eux qui se sont trompés. »