La parole du Très-Haut : « Tout ce qui vous a été donné… » désigne la richesse et l’aisance d’ici-bas.
« … n’est qu’une jouissance » : il ne s’agit que d’un agrément pour quelques jours comptés qui s’écoulent et disparaissent ; on ne doit donc pas s’en enorgueillir. L’interpellation s’adresse aux polythéistes.
« … tandis que ce qui est auprès d’Allah est meilleur et plus durable » : il s’agit de la récompense accordée pour l’obéissance,
« à ceux qui ont cru » – c’est-à-dire qui ont été véridiques et ont proclamé l’unicité –,
« et qui placent leur confiance en leur Seigneur. »
Ce passage fut révélé au sujet d’Abû Bakr as-Ṣiddîq lorsqu’il distribua tout son bien dans l’obéissance à Allah et que les gens le blâmèrent. D’après le hadith, il dépensa quatre-vingt mille (dirhams).
[Sourate ash-Shûrâ, 42 : 37]
« Et ceux qui s’écartent des grands péchés et des turpitudes et qui, lorsqu’ils se mettent en colère, pardonnent » (37)
Il y a ici deux questions.
Premièrement – La parole du Très-Haut : « Et ceux qui s’écartent… » Le terme « ceux » est au génitif, coordonné à « meilleur et plus durable pour ceux qui ont cru », c’est-à-dire que la récompense est aussi pour ceux qui évitent
« les grands péchés ». La discussion sur les grands péchés a déjà été exposée dans la sourate « an-Nisâ’ »(1). Hamza et al-Kisâ’î lisent « le grand péché » (au singulier) ; le singulier peut en effet désigner le pluriel lorsqu’il est annexé, comme dans la Parole du Très-Haut : « Et si vous comptez le bienfait d’Allah, vous ne pourrez l’énumérer »(2), ou comme dans le hadith : « L’Irak a refusé son dirham et son qafîz ». Les autres lecteurs récitent au pluriel ici et dans la sourate « an-Najm »(3).
« et les turpitudes ». As-Suddi a dit : il s’agit de la fornication, assertion reprise par Ibn ʿAbbâs, lequel a ajouté que le « grand péché » est le polythéisme. D’autres ont dit : les grands péchés sont ceux au-delà des manquements véniels, lesquels sont pardonnés lorsqu’on s’en abstient. Les turpitudes relèvent certes des grands péchés, mais elles sont plus abominables et plus graves : ainsi l’homicide par rapport à la blessure, et la fornication par rapport à la simple sollicitation.
On a également affirmé que « turpitudes » et « grands péchés » ont le même sens ; la répétition vise seulement la variété lexicale : ils évitent les désobéissances parce qu’elles sont grands péchés et turpitudes à la fois. Muqâtil a, pour sa part, estimé que les turpitudes sont celles qui entraînent les peines légales (hudûd).
Deuxièmement – La parole du Très-Haut : « Et lorsqu’ils se mettent en colère, ils pardonnent », c’est-à-dire qu’ils passent l’éponge et supportent celui qui les a lésés.
On a dit que ce verset fut révélé au sujet de ʿUmar lorsqu’il fut insulté à La Mecque ; d’autres ont avancé qu’il concerne Abû Bakr lorsqu’on le blâma pour