J’ai dit :
Il est rapporté de Mâlik qu’il jugeait licite la poignée de main, position que partagent nombre de savants. Nous avons déjà traité ce point dans la sourate « Yûsuf »(1), où nous avons cité le hadith de Al-Barâ’ ibn ‘Âzib : le Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui — a dit : « Il n’est pas deux musulmans qui se rencontrent et dont l’un saisit la main de l’autre, par affection et sincère conseil mutuels, sans que leurs péchés ne tombent entre eux. »
Parole du Très-Haut : « Peut-être celui entre qui et toi existe une inimitié deviendra-t-il tel un allié très proche. » C’est-à-dire : un parent intime et un véritable ami.
Muqâtil a dit : ce verset fut révélé au sujet d’Abû Sufyân ibn Harb ; il portait du tort au Prophète — paix et bénédictions sur lui. Puis, à la faveur de l’alliance matrimoniale conclue entre lui et le Prophète, il passa du rang d’ennemi à celui d’allié ; ensuite il embrassa l’Islam et devint, par le lien de parenté, un protecteur chaleureux.
On a aussi dit que le verset concernerait Abû Jahl ibn Hishâm, qui importunait le Prophète — paix et bénédictions sur lui. Allah — exalté soit-Il — lui ordonna dès lors de patienter à son égard et de lui pardonner ; tel est l’avis rapporté par Al-Mâwardî. Le premier avis est toutefois retenu par Ath-Tha‘labî et Al-Qushayrî, et il est plus probant en raison de la parole divine : « Peut-être celui entre qui et toi existe une inimitié deviendra-t-il tel un allié très proche. »
On a encore dit que cela précéda le commandement relatif au combat.
Ibn ‘Abbâs a déclaré : dans ce verset, Allah — exalté soit-Il — prescrit la patience dans la colère, la mansuétude face à l’ignorance et le pardon lors du tort ; si les gens agissent ainsi, Allah les protège de Satan et leur ennemi s’humilie devant eux.
Il est rapporté qu’un homme injuria Qanbar, l’affranchi de ‘Alî ibn Abî Tâlib. ‘Alî l’appela et lui dit : « Ô Qanbar, laisse ton insulteur et détourne-toi de lui : tu satisferas ainsi Le Tout-Miséricordieux, tu courrouceras Satan et tu puniras ton insulteur ; jamais on n’a mieux châtié l’imbécile qu’en gardant le silence à son égard. »
On a récité :
Se taire quand le vil t’injurie, grandeur recommandable,
Lui nuit bien davantage que l’injure formidable.
Un autre a dit :
Rien n’est plus cher au sot, lorsqu’il outrage le sage,
Que ta riposte ; l’ignorer l’emprisonne dans sa rage.
Et Mahmûd al-Warrâq(2) a composé :
Je forcerai mon âme à pardonner tout coupable fautif,
Quand bien même ses forfaits envers moi seraient excessifs ;
Les hommes, en vérité, ne sont que trois catégories :
Un noble, un qui tend vers la noblesse, et mon égal combatif.