Ils avaient le ventre couvert d’une épaisse graisse, tandis que la compréhension de leur cœur était bien maigre. L’un d’eux était qurayshite et ses deux beaux-frères appartenaient à Thaqîf ; ou bien il était thaqifite et ses deux beaux-frères étaient qurayshites. Ils échangèrent alors des propos que je ne compris pas. L’un d’eux dit :
« Pensez-vous qu’Allah entende nos paroles ? »
Le second répondit :
« Lorsque nous élevons la voix, Il les entend ; mais si nous ne l’élevons pas, Il ne les entend pas. »
Le troisième ajouta :
« S’Il en entend ne fût-ce qu’une partie, Il entend tout. »
ʿAbdullâh dit : « Je rapportai cela au Prophète – que la bénédiction et la paix d’Allah soient sur lui –, et Allah, Très-Haut, fit descendre :
« Vous ne pouviez vous dissimuler au point d’empêcher que votre ouïe, vos yeux et vos peaux témoignent contre vous… »
jusqu’à Sa parole :
« … et vous êtes ainsi devenus du nombre des perdants. »
Il déclara : « Ce ḥadith est ḥasan ṣaḥîḥ. »
Ath-Thaʿlabî a dit : « Le Thaqifite se nommait ʿAbd Yalîl, et ses deux beaux-frères étaient Rabîʿah et Ṣafwân b. Umayyah. »
Le terme « tastatirûna » signifie « vous cacher » selon la majorité des savants : c’est-à-dire que vous ne pouviez pas vous dissimuler à vous-mêmes de crainte que vos membres ne témoignent contre vous, car l’homme ne peut cacher son acte à son propre être ; la “dissimulation” prend alors le sens d’abandonner la désobéissance.
On a aussi dit que « se dissimuler » veut dire « se prémunir » : autrement dit, vous ne vous prémunissiez pas, dans ce bas-monde, contre le témoignage que vos membres porteront contre vous dans l’au-delà, si bien que vous auriez délaissé les péchés par crainte de ce témoignage. C’est l’explication donnée par Mujâhid.
Qatâdah a dit à propos du verset : « Vous ne pouviez vous dissimuler… », c’est-à-dire : vous ne pensiez pas « que votre ouïe témoignerait contre vous », lorsqu’elle dira : « J’ai entendu la vérité sans la retenir, et j’ai entendu ce qu’il n’est pas permis » ; « ni vos yeux », lorsqu’ils diront : « J’ai vu les signes d’Allah sans méditer, et j’ai regardé l’illicite » ; « ni vos peaux » – comme il a déjà été mentionné. « Mais vous pensiez qu’Allah ne savait pas une grande partie de ce que vous faisiez » ; vous arguiez sur cette base, jusqu’à ce que vos propres membres témoignent contre vous de vos actes.
Bahz b. Ḥakîm rapporte, d’après son père, d’après son grand-père, que le Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – a dit au sujet de la parole divine : « … que votre ouïe, vos yeux et vos peaux témoignent contre vous » :
« Le Jour de la Résurrection, vous serez amenés, la bouche muselée d’un licol ; la première partie du corps à parler sera la cuisse, puis la main. »
ʿAbdullâh b. ʿAbd al-Aʿlâ, le Shâmî, déclara : « C’est un exposé excellent. »
Poème :
Le temps décroît, les péchés croissent toujours,
L’homme trébuche, se relève, et retombe – toujours.
Peut-il nier son forfait lorsque ses membres font aveu ?
Il compte ses années, les voudrait moins nombreuses – mais fuit cet aveu.