Az-Zamakhcharî :
Si tu demandes : « Pourquoi, parmi tous les traits des polythéistes, le refus de s’acquitter de la Zakât a-t-il été spécifiquement mentionné et mis en parallèle avec le rejet de l’Au-delà ? »
Je réponds :
Parce que le bien le plus cher à l’être humain est son argent, véritable jumeau de son âme ; quand il le dépense dans la voie d’Allah, c’est là la preuve la plus solide de sa constance, de sa droiture, de la sincérité de son intention et de la pureté de son for intérieur(1).
Ne vois-tu pas la parole du Très-Haut : « L’exemple de ceux qui dépensent leurs biens pour rechercher l’agrément d’Allah et pour raffermir leurs propres âmes… » [al-Baqarah, 2 : 265] ? C’est-à-dire qu’ils affermissent leurs âmes et attestent de cette fermeté en dépensant leurs biens. Les cœurs à rallier (al-muʾallafatu qulûbuhum) n’ont été gagnés que par une menue part(2) de ce bas monde ; leur clan s’en trouva renforcé et leur intransigeance s’adoucit. Quant aux apostats, après le Messager d’Allah — que la prière et la paix d’Allah soient sur lui —, ils ne manifestèrent leur rébellion qu’en retenant la Zakât ; on leur fit alors la guerre et ils furent combattus. Ce verset incite les croyants à s’acquitter de la Zakât et leur adresse une sévère mise en garde contre son omission, puisque la rétention de celle-ci a été rangée parmi les attributs des polythéistes et associée au reniement de l’Au-delà.
Parole du Très-Haut : « Certes, ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres recevront une récompense jamais “mamnûn”. »
Ibn ʿAbbâs a dit : « jamais interrompue », dérivé du verbe « manantu l-ḥabla » lorsque je coupe la corde ; ainsi le vers de Dhû l-’Isbaʿ :
« Par ta vie ! ma porte n’est point close
à l’ami, et mon bienfait n’est pas “mamnûn”(3). »
Un autre poète a dit :
« Tu vois derrière elle, sous l’éclaboussure et le fracas,
un “manîn” de poussière, tel un fin nuage. »
Il entend par « al-manîn » une poussière ténue, dispersée.
D’après Ibn ʿAbbâs également, ainsi que Muqâtil : « non diminuée ». De là vient le mot « al-manûn » (le destin, la mort), parce qu’il diminue l’homme, c’est-à-dire sa force. Qutrub cite le vers de Zuhayr :
« La supériorité des coursiers sur les montures lentes —
il ne la concède ni “mamnûn” ni à la légère(4). »
Al-Jawharî dit : « al-mann » signifie la coupure ; on dit aussi : la diminution, d’où la parole du Très-Haut : « … une récompense jamais “mamnûn”. »
Et Labîd a dit :
« Louves nocturnes aux chasses sûres, dont la pitance n’est point “mam nûn”(5). »