La particule « mā » vaut ici pour la négation ; autrement dit, cela ne leur fut d’aucune utilité.
D’aucuns ont dit : « mā » est interrogatif ; c’est-à-dire : qu’est-ce que leur acquisition leur a donc profité lorsqu’ils périrent ?
Le verbe « yansarif » est sur le schème « afʿala », lequel, dit-on, ne se décline pas. Les grammairiens de Kûfa prétendent que tout indéclinable peut, dans certains cas, être décliné, à l’exception du comparatif « afʿalu min… » : celui-là ne saurait être décliné, en poésie comme ailleurs, tant que la particule « min » l’accompagne.
Abû al-ʿAbbâs dit : si « min » faisait partie des causes empêchant la déclinaison, on ne devrait pas dire : « marartu bi-khayrin minka wa sharrin minka… wa min ʿAmr » (1).
La parole du Très-Haut : « Puis, lorsque leurs messagers leur vinrent avec les preuves évidentes » ; c’est-à-dire avec des signes clairs.
« Ils se réjouirent de la science qu’ils détenaient » : trois opinions sont rapportées à ce sujet.
Mujâhid dit : les mécréants qui se réjouirent de la science qu’ils possédaient dirent : « Nous sommes plus savants qu’eux ; nous ne serons ni châtiés ni ressuscités. »
Il a aussi été dit : les mécréants se réjouirent du savoir qu’ils avaient des affaires d’ici-bas, conformément à la parole : « Ils ne connaissent que l’apparence de la vie d’ici-bas » (Ar-Rûm, 7).
Une troisième explication veut que ce soient les messagers eux-mêmes qui se réjouirent : lorsque leur peuple les traita de menteurs, Allah – Puissant et Majestueux – les informa qu’Il anéantirait les mécréants et sauverait les messagers et les croyants ; ils se réjouirent donc, grâce au savoir qui leur avait été donné, de la délivrance des croyants.
« Et les enveloppa ce qu’ils tournaient en dérision » – à savoir les mécréants : il s’agit du châtiment consécutif à leurs moqueries envers ce qu’avaient apporté les messagers – qu’Allah les couvre de Ses bénédictions.
Sa parole – Très-Haut : « Puis, lorsqu’ils virent Notre rigueur » : c’est-à-dire lorsqu’ils eurent le châtiment sous les yeux ;
« ils dirent : Nous croyons en Allah Seul et nous renions ce que nous Lui associions » : les idoles que nous Lui associions dans l’adoration.
« Mais leur foi ne leur profita point » – leur foi en Allah – lorsqu’ils furent confrontés au châtiment et virent la rigueur.
L’expression « sunnat Allâh » est ici un masdar, car les Arabes disent : « sanna yasunnu sannan wa sunnatan » ; autrement dit, Allah – Exalté soit-Il – a établi, pour les mécréants, que la foi ne leur profite pas lorsqu’ils voient le châtiment. Cela a déjà été exposé dans les sourates An-Nisâ’ (2) et Yûnus (3), de même que le fait que le repentir n’est pas accepté après la vision du châtiment et l’acquisition d’un savoir certain.
On a encore dit : « Ô gens de La Mecque, craignez la règle d’Allah concernant l’anéantissement des mécréants » ; « sunnata Allâh » est alors à l’accusatif, employé pour l’avertissement et l’exhortation.
« Et là, les mécréants furent perdants. » Al-Zajjâj dit : ils étaient déjà perdants auparavant, mais le texte met en évidence leur perte lorsqu’ils virent le châtiment.
On a également estimé qu’il y avait inversion et antéposition dans le passage : « Leur foi ne leur profita point lorsqu’ils virent Notre rigueur, et là les mécréants furent perdants » – conformément à Notre règle pour tous les mécréants ; ainsi le mot « sunnata » est mis à l’accusatif par suppression de la préposition, c’est-à-dire « comme la tradition d’Allah pour toutes les communautés ». Et Allah est plus Savant.
Fin de l’exégèse de la sûrah Ghâfir. Louange à Allah.