Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

auprès du sultan, lorsque l’on mène les prisonniers à l’incarcération ou à la mise à mort ; tandis que la conduite des habitants des Jardins consiste à acheminer leurs montures vers la Demeure de la munificence et de l’agrément divin. On ne les y fera avancer qu’à cheval, comme on le fait pour les délégations que l’on honore et que l’on couvre d’égards devant certains rois. Quelle distance abyssale entre ces deux conduites !

« حَتَّى إِذَا جَاؤُوهَا وَفُتِحَتْ أَبْوَابُهَا »
« … jusqu’à ce que, lorsqu’ils y parviendront et que ses portes seront ouvertes… »

On a dit : la particule « wa » (« et ») est ici une conjonction qui coordonne à une proposition, tandis que la réponse (l’apodose) est passée sous silence.
Al-Mubarrad a expliqué : c’est-à-dire : « ils seront comblés de félicité et ses portes s’ouvriront » ; l’élision de la réponse confère à la parole arabe une grande force d’éloquence. Il a cité ces vers (1) :

Si l’âme périssait d’un seul coup, dans l’instant, (A)
Si elle s’en allait d’un seul élan, dans l’instant ; (A)
Mais l’âme se disperse, se fane peu à peu, (B)
Et meurt, âme après âme, s’éteignant peu à peu. (B)

Il a donc retranché la réponse à « law » (« si »), l’intention étant : « cela eût été plus reposant ».

Al-Zajjâj dit : dans « حَتَّى إِذَا جَاؤُوهَا », on sous-entend : « ils y entreront » ; c’est proche de la première interprétation.

D’autres ont affirmé que la conjonction « wa » serait superfétatoire ; telle est l’opinion des grammairiens de Koufa, mais les Basriens la tiennent pour erronée.

Il a aussi été avancé que la présence de ce « wa » prouve que les portes leur furent ouvertes avant même leur arrivée, par honneur qu’Allah — Très-Haut — leur réserve. On comprend dès lors : « jusqu’à ce que, lorsqu’ils y parvinrent, alors que ses portes étaient déjà grand-ouvertes », conformément à Sa parole : « جَنَّاتِ عَدْنٍ مُفَتَّحَةً لَهُمُ الْأَبْوَابُ » — « les Jardins d’Éden, dont les portes leur sont grand-ouvertes » (38 : 50).

L’absence du « wa » dans le récit des gens du Feu tient à ce qu’on les laissera d’abord face à l’Enfer ; ses portes ne s’ouvriront qu’après cet arrêt, pour les avilir et les terrifier. Al-Mahdawî l’a noté, et an-Naḥḥâs l’avait rapporté avant lui.

An-Naḥḥâs dit encore : quant à la sagesse qui veut que le « wa » soit maintenu dans le second passage et omis dans le premier, certains savants l’ont expliquée — opinion, à ma connaissance, inédite — ainsi : lorsque le Très-Puissant parle des gens du Feu : « حَتَّى إِذَا جَاؤُوهَا وَفُتِحَتْ أَبْوَابُهَا », cela indique qu’elle était close ; et lorsqu’Il s’exprime au sujet des gens du Paradis : « حَتَّى إِذَا جَاؤُوهَا وَفُتِحَتْ أَبْوَابُهَا », cela montre qu’elle était déjà ouverte avant leur arrivée. Allah est plus savant.

On a encore dit : il s’agit du « wa » de la huitième. Les Quraych avaient coutume, lorsqu’ils dénombraient, de dire : « cinq, six, sept et huit » ; arrivés au chiffre sept, ils ajoutaient spontanément « et huit ». C’est ce qu’a mentionné Abû Bakr ibn ʿAyyâsh.
Ainsi, Allah — Très-Haut — dit : « سَخَّرَهَا عَلَيْهِمْ سَبْعَ لَيَالٍ وَثَمَانِيَةَ أَيَّامٍ » — « Il la déchaîna contre eux durant sept nuits et huit jours » (69 : 7) ;
Il dit aussi : « التَّائِبُونَ الْعَابِدُونَ… », puis, au huitième rang, « وَالنَّاهُونَ عَنِ الْمُنْكَرِ » (9 : 112) ;
Il dit encore : « وَيَقُولُونَ سَبْعَةٌ وَثَامِنُهُمْ… » (18 : 22) ; et : « ثَيِّبَاتٍ وَأَبْكَارًا » (66 : 5).
La discussion détaillée sur ce point a déjà été exposée dans le commentaire de Sûrat Barâ’ah (2) et de la Caverne (3).

عَلَى السُّلْطَانِ إِذَا سِيقُوا إِلَى حَبْسٍ أَوْ قَتْلٍ، وَسَوْقُ أَهْلِ الْجِنَانِ سَوْقُ مَرَاكِبِهِمْ إِلَى دَارِ الْكَرَامَةِ وَالرِّضْوَانِ، لِأَنَّهُ لَا يُذْهَبُ بِهِمْ إِلَّا رَاكِبِينَ كَمَا يُفْعَلُ بِمَنْ يُشَرَّفُ وَيُكَرَّمُ مِنَ الْوَافِدِينَ عَلَى بَعْضِ الْمُلُوكِ، فَشَتَّانَ مَا بين السوقين. " حَتَّى إِذا جاؤُها وَفُتِحَتْ أَبْوابُها" قِيلَ: الْوَاوُ هُنَا لِلْعَطْفِ عَطْفٍ عَلَى جُمْلَةٍ وَالْجَوَابُ مَحْذُوفٌ. قَالَ الْمُبَرِّدُ: أَيْ سُعِدُوا وَفُتِحَتْ، وَحَذْفُ الْجَوَابِ بَلِيغٌ فِي كَلَامِ الْعَرَبِ. وَأَنْشَدَ «١» : فَلَوْ أَنَّهَا نَفْسٌ تَمُوتُ جَمِيعَةً ... - وَلَكِنَّهَا نَفْسٌ تَسَاقَطُ أَنْفُسَا فَحَذَفَ جَوَابَ لَوْ وَالتَّقْدِيرُ لَكَانَ أَرْوَحَ. وَقَالَ الزَّجَّاجُ: " حَتَّى إِذا جاؤُها" دَخَلُوهَا وَهُوَ قَرِيبٌ مِنَ الْأَوَّلِ. وَقِيلَ: الْوَاوُ زَائِدَةٌ. قَالَ الْكُوفِيُّونَ وَهُوَ خَطَأٌ عِنْدَ الْبَصْرِيِّينَ. وَقَدْ قِيلَ: إِنَّ زِيَادَةَ الْوَاوِ دَلِيلٌ عَلَى أَنَّ الْأَبْوَابَ فُتِحَتْ لَهُمْ قَبْلَ أَنْ يَأْتُوا لِكَرَامَتِهِمْ عَلَى اللَّهِ تَعَالَى، وَالتَّقْدِيرُ حَتَّى إِذَا جَاءُوهَا وَأَبْوَابُهَا مُفَتَّحَةٌ، بِدَلِيلِ قَوْلِهِ: " جَنَّاتِ عَدْنٍ مُفَتَّحَةً لَهُمُ الْأَبْوابُ" [ص: ٥٠] وَحَذْفُ الْوَاوِ فِي قِصَّةِ أَهْلِ النَّارِ، لِأَنَّهُمْ وُقِفُوا عَلَى النَّارِ وَفُتِحَتْ بَعْدَ وُقُوفِهِمْ إِذْلَالًا وَتَرْوِيعًا لَهُمْ. ذَكَرَهُ الْمَهْدَوِيُّ وَحَكَى مَعْنَاهُ النَّحَّاسُ قَبْلَهُ. قَالَ النَّحَّاسُ: فَأَمَّا الْحِكْمَةُ فِي إِثْبَاتِ الْوَاوِ فِي الثَّانِي وَحَذْفِهَا مِنَ الْأَوَّلِ، فَقَدْ تَكَلَّمَ فِيهِ بَعْضُ أَهْلِ الْعِلْمِ بِقَوْلٍ لَا أَعْلَمُ أَنَّهُ سَبَقَهُ إِلَيْهِ أَحَدٌ، وَهُوَ أَنَّهُ لَمَّا قَالَ اللَّهُ عَزَّ وَجَلَّ فِي أَهْلِ النار: " حَتَّى إِذا جاؤُها وَفُتِحَتْ أَبْوابُها" دَلَّ بِهَذَا عَلَى أَنَّهَا كَانَتْ مُغْلَقَةً وَلَمَّا قَالَ فِي أَهْلِ الْجَنَّةِ: " حَتَّى إِذا جاؤُها وَفُتِحَتْ أَبْوابُها" دَلَّ بِهَذَا عَلَى أَنَّهَا كَانَتْ مُفَتَّحَةً قَبْلَ أَنْ يَجِيئُوهَا، وَاللَّهُ أَعْلَمُ. وَقِيلَ: إِنَّهَا وَاوُ الثَّمَانِيَةِ. وَذَلِكَ مِنْ عَادَةِ قُرَيْشٍ أَنَّهُمْ يَعُدُّونَ مِنَ الْوَاحِدِ فَيَقُولُونَ خَمْسَةٌ سِتَّةٌ سَبْعَةٌ وَثَمَانِيَّةٌ، فَإِذَا بَلَغُوا السَّبْعَةَ قَالُوا وَثَمَانِيَّةٌ. قاله أَبُو بَكْرِ بْنُ عَيَّاشٍ. قَالَ اللَّهُ تَعَالَى: " سَخَّرَها عَلَيْهِمْ سَبْعَ لَيالٍ وَثَمانِيَةَ أَيَّامٍ" [الحاقة: ٧] وقال: " التَّائِبُونَ الْعابِدُونَ" [التوبة: ١١٢] ثُمَّ قَالَ فِي الثَّامِنِ: " وَالنَّاهُونَ عَنِ الْمُنْكَرِ" [التوبة: ١١٢] وقال: " وَيَقُولُونَ سَبْعَةٌ وَثامِنُهُمْ" [الكهف: ٢٢] وقال " ثَيِّباتٍ وَأَبْكاراً" [التحريم: ٥] وَقَدْ مَضَى الْقَوْلُ فِي هَذَا فِي " بَرَاءَةَ" «٢» مستوفى وفي " الكهف" «٣» أيضا.
(١). البين لامرى القيس." وتموت جميعه" بمعنى أنه مريض فنفسه لا تخرج بمرة ولكنها تموت شيئا بعد شي وهو معنى تساط أنفسا. (٢). راجع ج ٨ ص ٢٧١ طبعه أولى أو ثانيه. (٣). راجع ج ١٠ ص ٣٨٢ وما بعدها طبعه أولى أو ثانيه. [ ..... ]

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