Je me trouvais avec Hishâm ibn al-ʿÂṣ ibn Wâʾil as-Sahmî et ʿAyyâsh ibn Abî Rabîʿah ibn ʿUtbah.
Nous dîmes : « Le rendez-vous sera à l’Aḍâh(1) des Banû Ghifâr. »
Et nous convînmes : « Celui d’entre nous qui se verrait retardé aura donc été retenu ; que son compagnon poursuive sa route. »
Au matin, ‑ ʿAyyâsh ibn ʿUtbah et moi-même étions déjà partis, tandis qu’Hishâm avait été empêché de nous rejoindre ; il avait été soumis à la tentation et y avait succombé.
À Médine, nous disions : « Ces hommes ont certes reconnu Allah – Puissant et Majestueux – et ont cru en Son Messager ﷺ ; puis ils ont fléchi sous l’épreuve qui les a atteints. Nous ne voyons pour eux aucune voie de repentir. » Eux-mêmes se tenaient ce même propos intérieurement.
Allah – exalté soit-Il – fit alors descendre dans Son Livre : « Dis : “Ô Mes serviteurs qui avez été prodigues à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah…” » jusqu’à Sa parole : « L’Enfer n’est-il pas un lieu de séjour pour les hautains ? »
ʿUmar dit : « Je consignai ces versets de ma propre main, puis je les envoyai à Hishâm. »
Hishâm rapporte : « Lorsque l’écrit me parvint, je sortis avec lui jusqu’à Dhû Tuwa et dis : “Ô Allah, fais-moi en pénétrer le sens.” Je compris alors qu’il avait été révélé à notre sujet. Je revins, montai mon chameau et rejoignis le Messager d’Allah ﷺ. »
Selon Saʿîd ibn Jubayr, d’après Ibn ʿAbbâs : un groupe de polythéistes avaient beaucoup tué et beaucoup forniqué. Ils dirent – ou envoyèrent dire – au Prophète ﷺ : « Ce à quoi tu nous convies est assurément excellent ; informe-nous donc : avons-nous une repentance ? »
Allah – glorifié et exalté soit-Il – fit alors descendre ce verset : « Dis : “Ô Mes serviteurs qui avez été prodigues à votre propre détriment…” ». Al-Bukhârî l’a rapporté en ce sens, et il a déjà été évoqué à la fin de la sourate Al-Furqân(2).
Ibn ʿAbbâs rapporte encore : il fut révélé au sujet des habitants de La Mecque qui disaient : « Muḥammad prétend que quiconque a adoré les idoles et tué l’âme qu’Allah a rendue sacrée ne sera pas pardonné. Comment pourrions-nous alors émigrer et embrasser l’islam alors que nous avons adoré, avec Allah, une autre divinité et tué l’âme qu’Il a rendue sacrée ? » Allah fit alors descendre ce verset.
On a également dit qu’il fut révélé au sujet d’un groupe de musulmans qui s’étaient montrés excessifs dans l’adoration et craignaient que celle-ci ne leur fût pas acceptée en raison de péchés antérieurs commis durant la Jâhiliyyah.
Ibn ʿAbbâs et ʿAṭâʾ relatent encore qu’il fut révélé concernant Wahshî, le meurtrier de Ḥamzah, car il pensait qu’Allah n’accepterait pas son islam.
Ibn Jurayj rapporte, d’après ʿAṭâʾ, d’après Ibn ʿAbbâs : Wahshî se présenta au Prophète ﷺ et déclara : « Ô Muḥammad, je viens me placer sous ta protection ; accorde-moi l’asile afin que j’entende la parole d’Allah. »
Le Messager d’Allah ﷺ répondit : « J’aurais aimé te rencontrer dans d’autres circonstances que sous ma protection ; mais puisque tu es venu réclamer mon asile, tu es sous ma protection jusqu’à ce que tu entendes la parole d’Allah. »
Il reprit : « J’ai certes associé à Allah, j’ai tué l’âme qu’Il a rendue sacrée et j’ai commis la fornication ; Allah acceptera-t-Il mon repentir ? » Le Prophète garda le silence…
(1) Aḍâh : mare ou point d’eau.
(2) Voir la fin de la sourate Al-Furqân.