Je dis : L’auteur du « Qût » a repoussé cette opinion et s’est appuyé sur l’histoire de Ayyûb pour affirmer la supériorité du pauvre sur le riche ; il a cité à cet effet de nombreux arguments qui étayent son propos – nous les avons reproduits ailleurs dans notre ouvrage « Manhaj al-ʿIbâd wa-Mahajjat as-Sâlikîn wa-z-Zuhhâd ». Il lui a toutefois échappé qu’Ayyûb – paix sur lui – comptait parmi les prophètes fortunés avant comme après l’épreuve ; celle-ci ne consista qu’en la perte de sa fortune, de ses enfants et dans la grave maladie qui atteignit son corps. De même, tous les prophètes – bénédictions et salut sur eux – ont fait preuve de patience face aux épreuves et tentations qu’ils ont subies. Ayyûb – paix sur lui – entra donc dans l’épreuve dans un état déterminé et en sortit tel qu’il y était entré : rien, dans sa condition ni dans ses paroles, ne changea. Voilà le point qui nous importe : l’absence de changement qui distingue certains hommes d’autres. Sous cet angle, le riche reconnaissant et le pauvre patient sont à égalité, comme l’a dit Sufyân – et Allah sait mieux.
Dans le hadith rapporté par Ibn Shihâb, d’après le Prophète – qu’Allah le bénisse et le salue : « Ayyûb sortit, comme il avait coutume de sortir pour accomplir son besoin, et Allah lui révéla : “Frappe de ton pied ; voici une eau fraîche pour te laver et à boire.” Il se lava ; Allah lui rendit alors sa chair, ses cheveux et sa peau dans leur plus bel état. Il but, et Allah ôta de son intérieur toute douleur ou faiblesse. Puis Allah fit descendre sur lui deux habits blancs du ciel ; il se ceignit de l’un et se vêtit de l’autre, puis se mit en marche vers sa demeure. Sa femme, qui le cherchait, s’avança jusqu’à le rencontrer sans le reconnaître ; elle le salua et dit : “Qu’Allah te fasse miséricorde ! As-tu vu cet homme éprouvé ?” – “Qui donc ?” demanda-t-il. Elle répondit : “Le Prophète d’Allah, Ayyûb. Par Allah, jamais je n’ai vu quelqu’un te ressembler autant à lui lorsqu’il était sain.” Il lui dit alors : “Je suis Ayyûb !” et, saisissant une gerbe, il la frappa avec. » Ibn Shihâb affirme que cette gerbe était faite de thumâm (plante menue).
Allah lui restitua ensuite sa famille et l’équivalent encore avec eux. Un nuage survint et déversa de l’or dans son aire à blé jusqu’à ce qu’elle fût pleine ; puis survint un autre nuage qui se dirigea vers son aire d’orge et de légumineuses et y versa de l’argent jusqu’à ce qu’elle fût pleine.