Ils avaient fixé aux palmiers des treilles de vignes en or rouge, dont les grappes étaient façonnées en rubis écarlates, de sorte que la tonnelle des vignes ombrageait à la fois les palmiers et le trône.
Lorsque Sulaymân – paix sur lui – voulait y monter, il posait les deux pieds sur la première marche ; aussitôt, tout le trône, avec ce qu’il portait, tournoyait tel une meule lancée à grande vitesse ; les aigles et les paons déployaient leurs ailes, les deux lions allongeaient leurs pattes antérieures et frappaient la terre de leurs queues. Il en était ainsi à chaque degré que Sulaymân gravissait.
Lorsqu’il atteignait le sommet, les deux aigles juchés au-dessus des deux palmiers prenaient la couronne de Sulaymân et la plaçaient sur sa tête ; puis le trône se mettait de nouveau à tourner avec ses occupants ; les aigles, les paons et les lions tournaient avec lui, les têtes inclinées vers Sulaymân, répandant sur lui, depuis leurs flancs, musc et ambre gris.
Ensuite, une colombe d’or, perchée sur une colonne constellée de pierreries au-dessus du trône, lui présentait la Thora ; Sulaymân, paix sur lui, l’ouvrait, la lisait aux gens et les conviait au règlement des litiges.
On rapporte que les notables des Banû Isrâ’îl s’asseyaient à sa droite sur mille sièges d’or incrustés de gemmes, tandis que les dignitaires des jinns prenaient place à sa gauche sur mille sièges d’argent. Les oiseaux les entouraient alors et leur procuraient de l’ombre, et le peuple s’avançait pour que justice fût rendue.
Lorsque les témoins se présentaient pour déposer, le trône, avec ceux qui l’occupaient, se mettait à tourner comme une meule rapide ; les deux lions étendaient leurs pattes et frappaient le sol de leurs queues, tandis que les deux aigles et les paons déployaient leurs ailes ; saisis de frayeur, les témoins ne témoignaient alors que selon la vérité.
On a dit que le mécanisme qui faisait tourner ce trône était un dragon d’or placé dessous, ouvrage gigantesque que Suḫr, le jinn, avait confectionné pour Sulaymân. Dès qu’il se mettait en mouvement, les aigles, lions et paons, du bas jusqu’au sommet du trône, tournaient avec lui ; puis, lorsqu’il s’immobilisait, ils s’immobilisaient tous au-dessus de la tête de Sulaymân tandis qu’il était assis, répandant ensemble sur lui tout le musc et l’ambre qu’ils renfermaient.
Après le décès de Sulaymân, Nabuchodonosor s’empara du trône et le transporta à Antioche. Il voulut y monter sans en connaître la manière ; dès qu’il posa un pied, l’un des lions lui frappa la jambe et la lui brisa, alors que Sulaymân, lorsqu’il montait, posait toujours ses deux pieds à la fois. Nabuchodonosor mourut, et le trône fut transféré à Bayt al-Maqdis. Jamais plus aucun roi ne put s’y asseoir ; nul ne sait ce qu’il advint finalement de lui ; peut-être fut-il élevé (au ciel).