Il déclara : « Je passerai cette nuit auprès de quatre-vingt-dix femmes ; chacune d’elles mettra au monde un cavalier qui combattra dans la voie d’Allah. » Son compagnon lui dit alors : « Dis : si Allah le veut (in châ’a L-Lâh). » Mais il ne le prononça pas. Il se rendit donc auprès d’elles toutes, et aucune ne conçut, hormis une seule qui donna naissance à un demi-être humain. Par Celui qui tient l’âme de Muhammad — paix et bénédiction d’Allah sur lui — dans Sa main, s’il avait dit : « si Allah le veut », ils seraient tous devenus des cavaliers combattant dans la voie d’Allah.
On a également dit que le « corps » (al-jasad) désignait Âsif ibn Barkhiyâ, le véridique, secrétaire de Sulaymân. En effet, lorsque Sulaymân fut éprouvé, son sceau — dans lequel résidait son autorité — tomba de sa main ; il le ramassa mais il retomba de nouveau, si bien qu’il comprit qu’il était en pleine tentation. Âsif lui dit : « Tu es éprouvé, c’est pourquoi le sceau ne tient plus dans ta main ; fuis vers Allah, le Très-Haut, en te repentant. Quant à moi, je remplacerai pendant ton absence dans tes affaires, jusqu’à ce qu’Allah agrée ton repentir. Depuis le début de l’épreuve quatorze jours se sont écoulés. » Sulaymân se hâta alors vers son Seigneur, tandis qu’Âsif prit le sceau, le mit à son doigt et il resta ferme, car il possédait une science tirée du Livre. Il administra le royaume et la famille de Sulaymân, agissant selon sa conduite et œuvrant comme lui, jusqu’au retour de Sulaymân dans sa demeure, repentant envers Allah, exalté soit-Il. Allah lui rendit alors sa royauté ; Âsif se leva de son siège, Sulaymân s’assit sur son trône et reprit le sceau.
D’autres ont dit que le « corps » était Sulaymân lui-même : il fut atteint d’une grave maladie au point de n’être plus qu’un corps inerte — ainsi désigne-t-on parfois le malade exténué : « pareil à un corps gisant ».
Description du trône de Sulaymân et de son royaume
Ibn ʿAbbâs rapporte : « On disposait pour Sulaymân six cents sièges ; venaient ensuite s’asseoir, à proximité de lui, les notables parmi les hommes, puis les notables parmi les djinns prenaient place derrière les humains. Il appelait alors les oiseaux qui leur procuraient de l’ombre, puis il ordonnait au vent de les transporter ; en une seule matinée ils parcouraient la distance d’un mois. »
Wahb, Kaʿb et d’autres ont dit : Lorsque Sulaymân — que la paix soit sur lui — hérita du pouvoir après son père, il ordonna qu’on lui confectionnât un trône pour rendre la justice, et qu’on le façonnât de manière merveilleuse et impressionnante, de sorte que tout imposteur ou faux témoin en fût dissuadé et terrifié à sa vue. Il ordonna qu’on le réalise en défenses d’éléphant incrustées de perles, de rubis et d’émeraudes, et qu’on l’entoure de palmiers en or. On plaça donc autour du trône quatre palmiers d’or dont les régimes étaient en rubis rouge et en émeraude verte. Au sommet de deux de ces palmiers, on posa deux paons d’or ; au sommet des deux autres, deux aigles d’or se faisant face. De part et d’autre du trône, on installa deux lions d’or, sur la tête de chacun desquels se dressait une colonne d’émeraude verte.