« jusqu’à ce qu’elle se dissimule derrière le voile » : il s’agit du soleil, évoqué de façon elliptique sans être nommé explicitement, à l’instar de la parole du Très-Haut : « Il n’en eût pas laissé subsister sur sa surface la moindre créature vivante » (Fâṭir, 45), c’est-à-dire sur la surface de la terre. Les Arabes disent également : « Elle s’est levée froide », c’est-à-dire qu’un vent froid s’est levé.
Allah – exalté soit-Il – dit encore : « jusqu’à ce que [l’âme] atteigne la gorge » (Al-Wâqiʿa, 83), et Il dit : « elle projette des étincelles pareilles à de vastes châteaux » (Al-Mursalât, 32), alors même que le Feu n’avait pas été mentionné auparavant.
Az-Zajjâj dit : l’ellipse n’est recevable que lorsque la chose a déjà été mentionnée ou qu’un indice y renvoie ; or, ici, l’indice est contenu dans Sa parole : « au déclin du jour (bil-ʿashiyy) ». Le terme « ʿashiyy » désigne la période qui suit le zénith. « At-tawârî » signifie : se dissimuler aux regards. Quant au « ḥijâb », c’est – selon Qatâda et Kaʿb – une montagne verte qui entoure toutes les créatures. D’autres ont dit qu’il s’agit de la montagne Qâf, ou d’une montagne située avant Qâf. Certains ont encore affirmé que le ḥijâb est la nuit, ainsi nommée parce qu’elle voile ce qu’elle contient.
Il a aussi été dit que « jusqu’à ce qu’elles se dissimulent » concerne les chevaux pendant la course : Salomon (ʿalayhi s-salâm) possédait un hippodrome circulaire où il faisait concourir ses chevaux jusqu’à ce qu’ils disparaissent à sa vue dans la compétition, le soleil n’étant pas mentionné dans le contexte.
An-Naḥḥâs rapporte que Salomon – sur lui la paix – se trouvait en prière lorsqu’on lui présenta des chevaux pris comme butin afin qu’il les examinât. Il fit un geste de la main, indiquant qu’il priait, jusqu’à ce que les chevaux se fussent cachés derrière les murs des écuries. Lorsqu’il eut achevé sa prière il dit : « Ramenez-les moi ! », et il se mit à les caresser longuement.
Deux interprétations ont été avancées à ce sujet. La première veut qu’il ait frotté de ses mains leurs jambes et leurs cous pour les honorer, afin de montrer qu’il n’est pas indigne, pour un homme de haut rang, d’agir ainsi avec ses montures. Les partisans de cet avis objectent : comment aurait-il pu les mettre à mort ? Ce serait gaspiller un bien et châtier des créatures innocentes.
La seconde interprétation estime que « les caresser » signifie ici les égorger ; il lui fut alors permis de les abattre.
Al-Ḥasan, Al-Kalbî et Muqâtil rapportent que Salomon accomplit la prière de midi, s’assit sur son trône et on lui présenta ses chevaux – mille au total. Après en avoir passé neuf cents en revue, il se rappela la prière de l’après-midi ; or le soleil s’était déjà couché et la prière lui échappa. Nul n’osa le lui rappeler, par égard pour sa majesté, et il en fut grandement affligé. Il dit alors : « Ramenez-les moi ! », et lorsqu’on les lui eut ramenés, il les sabra en offrande à Allah, n’en épargnant que cent. Les chevaux racés que l’on trouve aujourd’hui descendent de ces survivants.
Al-Qushayrî rapporte encore qu’il a été avancé qu’à cette époque il n’existait ni prière de ẓuhr ni prière de ʿaṣr ; la prière concernée était une nawâfila (surérogatoire) dont il fut distrait. Salomon – sur lui la paix – jouissait d’un prestige impressionnant ; personne n’osa donc lui rappeler l’obligation ou la surérogation qu’il avait négligée, pensant que le retard était permis, jusqu’à ce que Salomon se souvînt de cela