Ibn Zayd a rapporté que le démon fit surgir pour Sulaymân – sur lui la paix – des chevaux sortis de la mer, des prairies marines ; ils étaient munis d’ailes.
De même, ‘Alî – qu’Allâh l’agrée – a déclaré : « Il s’agissait de vingt chevaux ailés. »
D’autres ont dit : « Ils étaient cent chevaux. »
Il est également rapporté d’Ibrâhîm al-Taymî qu’ils auraient été au nombre de vingt mille – Allâh est plus savant.
Sulaymân dit alors : « Certes, j’ai préféré l’amour du bien à la mention de mon Seigneur. »
Par « le bien » il vise les chevaux, car les Arabes les nomment ainsi, et ils alternent parfois la lettre râ’ avec la lettre lâm ; ils disent par exemple : inhamalat al-‘ayn wa-inhamarat (l’œil s’est mis à couler), khatalat wa-khatarat (lorsqu’on est dupé).
Al-Farrâ’ a dit : dans la langue des Arabes, al-khayr (le bien) et al-khayl (les chevaux) ne font qu’un.
Al-Naḥḥâs rapporte le ḥadîth suivant : « Le bien est attaché à la crinière des chevaux jusqu’au Jour de la Résurrection. » C’est donc en raison de ce ḥadîth qu’on les a appelés « bien ».
Un autre ḥadîth relate que, lorsque Zayd al-Khayl vint trouver le Prophète – paix et bénédictions d’Allâh sur lui –, celui-ci lui dit : « Tu es Zayd al-Khayr », alors qu’il s’appelait à l’origine Zayd al-Khayl (Zayd des chevaux) ; il s’agit de Zayd ibn Muhallil, le poète.
On a dit encore : s’ils ont été appelés « bien », c’est en raison des multiples avantages qu’ils procurent.
Un récit rapporte qu’Allâh, exalté soit-Il, fit défiler devant Âdam tous les animaux et lui dit : « Choisis-en un. » Il choisit le cheval. Il lui fut alors dit : « Tu as choisi ta noblesse. » De là vient que son nom devint « al-khayr » (le bien). On l’appela « khayl » parce qu’il est marqué du sceau de la noblesse (‘izz). Il fut nommé « faras » parce qu’il « dévore » les distances de l’air comme le lion dévore sa proie ; il les parcourt d’une traite, fouettant et happant tout sur son passage. On le qualifia enfin d’« arabe » parce qu’il fut envoyé, après Âdam, à Ismâ‘îl en récompense pour avoir élevé les fondations de la Maison (la Ka‘ba) ; Ismâ‘îl étant arabe, le cheval lui fut offert par Allâh et prit ainsi le nom d’« arabe ».
Selon al-Farrâ’, « ḥubba » (amour) est ici l’objet direct ; le sens serait : « J’ai préféré l’amour du bien. » D’autres y voient un masdar (nom verbal) annexé à son complément, c’est-à-dire : « J’ai aimé le bien d’un amour tel qu’il m’a détourné du rappel de mon Seigneur. »
On a encore dit que le verbe « aḥbabtu » (j’ai aimé) signifie : « je me suis arrêté, attardé », comme dans leur expression « aḥabba al-ba‘îr » lorsqu’un chameau se couche et tarde à se relever, ou « aḥabba untel » quand il incline la tête.
Abû Zayd dit : on dit d’un chameau malade ou blessé, incapable de quitter sa place avant de guérir ou de mourir, qu’il est « muḥibb », et l’on utilise le verbe « aḥabba » pour signifier cet état d’immobilité.
Th‘lab affirme, lui aussi, qu’un chameau exténué est qualifié de « muḥibb » ; le sens devient alors : « je suis resté en arrière de la mention de mon Seigneur », « ḥubba » étant alors un complément exprimant la cause.
Abû l-Fath al-Hamadânî rapporte dans son ouvrage at-Tibyân que « aḥbabtu » peut signifier « je suis demeuré », selon le vers :
« Tel le mauvais chameau quand il reste couché (iḍ aḥabbâ) ».
Et Allâh est plus savant.