Al-Ḥusayn ibn al-Faḍl dit :
« ʿAbd Allâh ibn Ṭâhir – alors gouverneur – m’a interrogé au sujet de la Parole du Très-Haut :
« …et il tomba en s’inclinant (wa-kharr râkiʿan) »
Peut-on dire de celui qui est en rukûʿ (inclinaison) qu’« il tomba » ?
Je lui répondis : non.
Il reprit : quel est donc le sens du verset ?
Je dis : il signifie qu’« il tomba après avoir été en rukûʿ », c’est-à-dire qu’il se prosterna (sajada).
Vingtième question
On a divergé quant à la prosternation de Dâwûd : fait-elle partie des prosternations obligatoires (ʿazâʾim as-sujûd) prescrites dans le Coran, ou non ?
Abû Saʿîd al-Khudrî rapporte que le Prophète ﷺ récita sur le minbar :
« Ṣâd. Par le Coran riche en rappel »
Lorsque qu’il atteignit le verset de prosternation, il descendit et se prosterna, et les gens se prosternèrent avec lui. Un autre jour, il la récita de nouveau ; les gens se préparèrent aussitôt à se prosterner, alors le Messager d’Allâh ﷺ dit :
« C’est la repentance d’un Prophète, mais je vous ai vus vous hâter vers la prosternation. »
Puis il descendit et se prosterna. (Formulation d’Abû Dâwûd.)
Dans le Ṣaḥîḥ d’al-Bukhârî et ailleurs, Ibn ʿAbbâs dit : « La sûrah Ṣâd ne compte pas parmi les prosternations obligatoires ; pourtant j’ai vu le Prophète ﷺ s’y prosterner. »
Par une autre chaîne, Ibn Masʿûd déclara : « Ṣâd relate la repentance d’un Prophète ; on n’y accomplit pas de prosternation. » Quant à Ibn ʿAbbâs, il dit : « C’est la repentance d’un Prophète, et votre Prophète fait partie de ceux à qui il a été ordonné de l’imiter. »
Ibn al-ʿArabî commente : « Selon moi, ce n’est pas un lieu de prosternation, mais le Prophète ﷺ s’y est prosterné, si bien que nous nous prosternons par simple conformité. Le sens de cette prosternation est que Dâwûd se prosterna humblement devant son Seigneur, reconnaissant sa faute et se repentant de son péché. Que celui qui se prosterne à ce passage le fasse avec cette intention ; il se peut alors qu’Allâh lui pardonne, par respect pour Dâwûd qu’il a suivi. Que l’on considère ou non la législation des communautés précédentes comme valable pour nous, cet acte demeure légiféré pour toute communauté et pour chacun. Allâh est plus savant. »
Vingt-et-unième question
Ibn Khuwayz Mandâd dit : « La Parole : “Il tomba en s’inclinant et revint [à Dieu]” indique qu’il n’est pas permis d’accomplir une prosternation isolée de remerciement. En effet, le texte mentionne le rukûʿ avec elle ; la pratique admissible consiste plutôt à accomplir deux rakʿah de gratitude. Quant à une sajdah isolée, elle n’est pas recevable. Les bonnes nouvelles parvenaient au Messager d’Allâh ﷺ, puis aux imâms après lui ; pourtant il n’est rapporté d’aucun d’eux qu’il ait effectué une seule prosternation de remerciement. Si cela avait été leur pratique, la transmission en aurait été largement répandue, tant les gens ont besoin de connaître sa licéité et son caractère d’acte d’adoration. »