Jusqu’à Sa parole : « … et une belle destination. »
Allah – qu’Il soit exalté – a rapporté au sujet de Dâwûd, paix sur lui, qu’il entendit les propos du plaideur qui se disait lésé parmi les deux adversaires, sans qu’Il n’indique qu’il interrogea l’autre. Il ne relate que cette parole : « Il t’a certes lésé. » L’apparence de ce récit laisse entendre qu’il distingua chez le plaignant des marques de faiblesse et d’oppression ; il prit donc son affaire pour avérée, le considérant lésé comme il l’affirmait, et cela le poussa à ne pas questionner l’adversaire. Il lui déclara alors avec précipitation : « Il t’a certes lésé », alors qu’il se pouvait que, s’il avait interrogé l’autre, celui-ci eût répondu : « J’avais cent brebis et celui-là n’en possédait aucune ; il me vola cette brebis. Lorsque je l’ai retrouvée chez lui, je lui ai dit : “Rends-la-moi”, sans jamais lui dire : “Confie-la-moi.” Sachant que j’allais te saisir en justice, il m’a devancé et s’est plaint à toi avant que je ne le fasse comparaître, afin que tu penses qu’il est dans son droit et que je suis, moi, l’oppresseur. »
Lorsque Dâwûd prononça ces paroles où la hâte l’avait entraîné, il sut qu’Allah – glorifié soit-Il – l’avait laissé à lui-même à cet instant : telle est l’épreuve que nous avons mentionnée. Il comprit que cela n’était dû qu’à une défaillance de sa part ; il implora donc le pardon de son Seigneur et se prosterna, incliné devant Allah Très-Haut, en reconnaissance pour Le remercier de l’avoir préservé, puisqu’il s’était borné à déclarer l’accusé injuste sans rien ajouter, ni réprimande, ni coups, ni autre, chose qui conviendrait à celui que l’on tient pour oppresseur dans son for intérieur. Allah lui pardonna, puis Se tourna vers lui pour le rappeler à l’ordre, en disant :
« Ô Dâwûd ! Nous avons fait de toi un lieutenant (khalîfa) sur terre ; juge donc les gens en toute équité et ne suis pas la passion, sinon elle t’égarera du sentier d’Allah. » (Sâd 26)
Il ressort, d’après cette admonestation qu’Allah, Très-Haut, lui adressa après lui avoir accordé Son pardon, que sa faute consistait uniquement en un manquement dans le jugement : il s’était empressé de taxer d’injustice celui dont l’injustice n’était pas encore prouvée à ses yeux.
Ibn ‘Abbâs rapporte ensuite : « Dâwûd se prosterna par reconnaissance, et le Prophète – que les prières et le salut d’Allah soient sur lui – se prosterna par suivi. » Il est donc établi que la prosternation de gratitude (sujûd ach-shukr) est une Sunna transmise de manière récurrente chez les prophètes, paix et bénédictions d’Allah sur eux.
« par la demande de ta brebis » : c’est-à-dire par le fait qu’il t’a demandé ta brebis. Le substantif verbal a été annexé à l’objet et le pronom du verbe « demander » a été omis, comme dans la parole du Très-Haut : « L’homme ne se lasse pas de prier pour (obtenir) le bien » (Fussilat 49), c’est-à-dire « de prier pour le bien ».
Treizièmement – La parole du Très-Haut : « Et certes, beaucoup d’al-khulâtâ’… ». On dit : khalît (singulier) et khulâtâ’ (pluriel) ; on ne dit pas ṭawîl et ṭuwalâ’, à cause de la lourdeur de la voyelle sur le wāw.
Deux opinions existent à ce sujet : selon la première, il s’agit de compagnons ; selon la deuxième, il s’agit d’associés.