Antara a dit :
« Ô brebis prise au gibier par celui à qui elle est licite,
mais interdite pour moi – plût au Ciel qu’elle ne m’eût point été interdite !
J’ai donc dépêché ma servante en lui disant : “Va,
épie donc pour moi ses nouvelles, et informe-moi.”
Elle revint : “J’ai constaté chez les ennemis une négligence ;
la brebis est accessible à qui saura décocher sa flèche.”
On eût dit qu’elle inclinait son cou tel le col d’un cygne gracieux,
telle une gazelle libre, au museau légèrement cendré. »
Et un autre poète a dit¹ :
« Je profitai de l’inattention de son regard à l’égard de sa brebis ;
j’atteignis le noyau de son cœur et sa rate. »
Ceci compte parmi les plus belles allusions : l’auteur emploie la métaphore des “brebis” pour désigner les femmes.
Al-Ḥusayn b. al-Faḍl a dit :
« Il s’agit, de la part des deux anges, d’une allusion et d’un avertissement ;
semblable à leur formule : “Zayd a frappé ʿAmr”, alors qu’il n’y eut ni coup réel, ni brebis au sens propre.
C’est comme s’ils avaient dit : “Nous sommes deux plaideurs, voilà notre situation.” »
Abū Jaʿfar an-Naḥḥās a commenté :
« La meilleure explication est que le sens est le suivant :
nous sommes deux adversaires dont l’un a transgressé les droits de l’autre, à titre d’étude de cas –
tout comme l’on demande : “Un homme dit telle parole à son épouse, que lui incombe-t-il ?” »
Je (l’auteur) dis :
Al-Muzanī, compagnon d’Aš-Šāfiʿī, a interprété ce verset –
ainsi que la parole du Prophète ﷺ, rapportée par Ibn Šihāb et consignée dans le Muwaṭṭaʾ et ailleurs :
« Il est pour toi, ô ʿAbd b. Zamʿa » –
de la même manière.
Al-Muzanī déclare :
« À mon avis – et Allah sait mieux – ce ḥadith laisse entendre que le Prophète ﷺ répondit à une question de jurisprudence,
leur exposant le jugement applicable lorsque se présentent à la fois le prétendant au lit conjugal et le prétendant par fornication ;
il n’a pas, pour autant, entériné contre ʿUtba la parole de son frère Saʿd,
ni contre Zamʿa la parole de son fils affirmant qu’il s’agissait d’un enfant de fornication,
car chacun d’eux rapportait une déclaration concernant autrui.
Or, les musulmans sont unanimes : nul aveu n’est recevable lorsqu’il concerne un tiers.
Allah, Exalté soit-Il, a mentionné une démarche semblable dans Son Livre, dans le récit de Dāwūd et des anges :
lorsqu’ils pénétrèrent chez lui et qu’il prit peur, ils dirent : “Ne crains rien, nous sommes deux adversaires.”
Or ils n’étaient pas deux véritables antagonistes, et aucun d’eux ne possédait quatre-vingt-dix-neuf brebis ;
ils ne faisaient que lui exposer une question afin qu’il saisît, par cette mise en situation, ce qu’ils voulaient lui faire comprendre.
Il se peut donc que le Prophète ﷺ… (suite du passage).